Plan de relance : le camion oublié ?

Le gouvernement a lancé, le 3 septembre, un plan de relance historique de 100 milliards d’euros dont 40 milliards d’euros de contributions européennes pour redresser l’économie et faire la « France de demain ». Dans sa communication, le Premier ministre a insisté pour expliquer que ce plan s’inscrit dans la continuité des mesures de soutien aux entreprises et aux salariés lancées dès le début de la crise du Covid-19. L’objectif est affiché : transformer l’économie et créer de nouveaux l’emploi. Il repose sur trois piliers : l’écologie, la compétitivité et la cohésion territoriale.

Les moyens consacrés pour le pilier écologique à hauteur de 30 milliards d’euros viseront à accélérer le verdissement de l’économie, à investir dans la rénovation énergétique des bâtiments publics et privés, à développer de nouvelles technologies vertes et à favoriser les modes de transports moins polluants.

Commentant les mesures adoptées pour son secteur, le ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari a déclaré :  « Notre objectif est simple : permettre aux Français de continuer à mieux se déplacer tout en contribuant à la diminution de l’empreinte carbone et environnementale des transports. Le gouvernement témoigne ainsi d’un investissement massif créateur de dizaines de milliers d’emplois, selon une trajectoire en cohérence avec celle préconisée également par la Convention citoyenne. »

Au global, 11,5 milliards d’euros du plan de relance sont consacrés aux transports.

Avec 4,7 milliards d’euros, le ferroviaire est le mieux doté suivi de l’aérien avec 1,9 milliard d’euros.

Le transport routier ? Jamais cité… ! Oublié ?

Les organisations professionnelles s’en sont émues dans un communiqué de presse commun dès le 4 septembre :
« Si les mesures de soutien à la conversion écologique sont saluées par les organisations professionnelles du secteur au même titre que les baisses d’impôts sur la production, elles restent génériques. Contrairement aux autres secteurs touchés par la crise, le transport routier de marchandises et la logistique ne bénéficieront pas de mesures spécifiques. Dont acte ».

Mais soyons positifs. Le transport routier profitera du plan de relance… L’objectif d’investissement ferroviaire ne peut, par exemple, que contribuer au développement du ferroutage que l’OTRE a toujours soutenu. Ensuite, au travers du soutien massif à la transition écologique, la filière hydrogène française est plus qu’encouragée avec une « affectation » de 2 mds d’euros. Il s’agit de contribuer à la production et au stockage de l’énergie, mais aussi à sa distribution en développant un réseau de stations au maillage suffisamment dense pour trouver une rentabilité économique. Un plan hydrogène complet devrait être dévoilé rapidement : il sera doté de 7,2 mds € sur 10 ans.

Après avoir rappelé que le transport est une filière mature n’ayant pas attendu le plan de relance pour se « verdir » en prenant en main sa propre innovation, Slimane BOUKEZZOULA, rédacteur en chef adjoint de L’Officiel des transporteurs (N°3033 du 4 septembre 2020) écrit : « Du plan de relance de Jean Castex, [la filière] n’attendait rien, ne demandait pas grand-chose. Ou plutôt si, c’est si peu et beaucoup à la fois : que le TRM ne soit pas contraint de financer ce plan à 100 milliards d’euros… »

Car positifs, mais pas naïfs… Nous avons d’ailleurs prévenu, toutes organisations professionnelles confondues : « Les organisations professionnelles seront extrêmement vigilantes pour que les entreprises du secteur bénéficient de la relance sans avoir à la financer. De la reconnaissance générale au pire de la crise, il s’agit de ne pas oublier le caractère stratégique et essentiel de nos métiers » (Communiqué du 4 septembre 2020).

Encore une fois, le transport reste un secteur incontournable. Notamment en ce qui concerne le transport de marchandises :
« Le TRM représente aujourd’hui 90 % du fret de marchandises en France et, même si l’on atteint les objectifs de report modal, il représentera toujours plus de 75 % du fret de marchandises en France. Il est et restera incontournable. Il est un levier à court et moyen terme pour réussir la transition énergétique, pour améliorer la compétitivité française et l’emploi. Le gouvernement doit enfin en prendre la mesure » (Communiqué du 4 septembre 2020).

A Dieu ne plaise ! aurait conclu le grand Bossuet, si ce n’est… à Jupiter !

Philippe BONNEAU
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