Les dictons populaires sont toujours emprunt d’une forme de vérité absolue que les faits ne démentent pas. Ou rarement…  Un Noël trop doux annonce un début de printemps frais. En somme, si on a la chance de pouvoir passer Noël dehors, on restera à Pâques au coin du feu. Voilà pour la météo auquel se rapporte le proverbe issu d’une France autrefois rurale et paysanne.

Les temps ont changé. La société aussi. L’économie encore davantage. Appliqué à cette nouvelle donne économique et sociale, le dicton garde toute sa pertinence même appliqué à ce contexte.

En effet, les mesures financières prises par le gouvernement pour aider les entreprises à faire face à la crise sanitaire permettent de passer un Noël qui s’annonce au balcon malgré une rigueur qui devrait être de mise.

A ce jour, pour 2020, les mesures d’urgence ont représenté un montant de l’ordre de 470 milliards d’euros, dont 64 milliards d’euros de dépenses effectives comprenant notamment près de 31 milliards d’euros pour le financement du chômage partiel et 8 milliards d’euros pour le fonds de solidarité. Le gouvernement a également reporté 32,5 milliards d’euros d’échéances fiscales et sociales de mars à juin 2020, et garanti 327 milliards d’euros de prêts.

Le chômage partiel a été restreint, mais perdure. Les entreprises subissant une baisse d’activité ponctuelle peuvent avoir recours au dispositif d’activité partielle « de droit commun » (APDC) pour trois mois, renouvelable une fois. Les salariés sont indemnisés à hauteur de 70 % minimum de leur rémunération antérieure brute et les employeurs ont un reste à charge d’environ 15 %.

Les prêts garantis par l’Etat accessibles jusqu’au 31 décembre sont prolongés jusqu’au 30 juin 2021, tout comme les prêts directs de l’Etat aux entreprises qui n’auront pas réussi à obtenir des financements auprès des banques. Le plan de relance du gouvernement prévoit par ailleurs de nombreuses aides aux entreprises en 2021, comme le renforcement des fonds propres des TPE et PME ou la baisse des impôts de production.

Autant de mesures qui nous ramènent à l’allégorie du proverbe. Autant d’aides financières qui permettent, peu ou prou, aux entreprises de tenter de passer un Noël au balcon économique de la période.

Mais que sera Pâques ? Tout cela n’annonce-t-il pas une rigueur de la météo économique dans quelques mois ? Sans évoquer le contexte sanitaire, tout cet argent distribué, conséquence du quoi qu’il en coute (et qu’il faut saluer !), il faudra bien, à un moment donné, le rembourser sous une forme ou une autre… 

Alors Pâques au tison ? Il faut surement s’y préparer. Gouverner, c’est prévoir. Pas seulement au plus haut sommet de l’État mais aussi dans le bureau des chefs d’entreprise…

Pour l’heure, c’est Noël. 

Malgré la vacuité spirituelle religieuse de nos sociétés, c’est un temps de trêve comme l’était à l’époque médiévale la trêve de Dieu quand le pouvoir politique laïc imposait de déposer les armes, de cesser tout combat. Héritiers de ces sources chrétiennes vieilles de 2000 ans, nos pays d’occident et d’orient font de Noël ce temps où, croyants ou pas, chrétiens ou pas, se retrouvent pour se poser, s’arrêter… 

Demain est un autre jour. Profitons du moment présent qui peut être nous recentre sur une forme d’essentiel. La responsabilité dans nos tâches quotidiennes professionnelles n’empêche pas de retrouver plus spécialement ceux qui nous sont proches, d’honorer aussi les plus petits ou les plus fragiles… Au contraire : c’est une source de chaleur pour les temps de rigueur, quels qu’ils soient…

Très belles fêtes de Noël à tous et à chacun !

Philippe BONNEAU

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