Et pendant ce temps là…

Impossible d’y échapper… La pandémie médiatique est déjà là, avant même que celle du coronavirus existe réellement. Toute la machine économique se grippe… Gravement, pour le coup, puisque l’affection va se mesurer par plus d’un point de croissance en moins pour l’économie française… Hausse des températures sur les marchés boursiers. Les entreprises s’inquiètent de la convalescence après que, nécessairement, la fièvre, au moins médiatique, aura chutée.

Et pourtant le monde ne s’est pas encore arrêté de tourner ! Même si le chef de l’État se confine dans son bureau de l’Élysée et allège son agenda pour ne pas être victime de l’affection virale ni la cause indirecte de sa propagation, voilà que l’on supprime tous les rassemblements. Pas seulement dominicaux, pas uniquement sportifs et culturels, mais aussi professionnels, de plus de 5000 personnes, en faisant passer par pertes et profits le SITL 2020 et la désignation du Transporteur de l’Année… Et comme si cela ne suffisait pas encore, dans un scénario digne d’un Aldous Huxley : la solide ou douce poignée de main est interdite, tout autant que la bise personne ne se risquant à employer ou proscrire le mot baiser

Nos responsables politiques se préoccupent, au plus haut niveau de l’État d’une pénurie de gel hydroalcoolique en même temps que les ambulanciers sont, comme d’autres professionnels, exposés du TRV ou du TRM, victimes de l’impossibilité de se procurer des masques pour se protéger. Et le ministre de la Santé d’expliquer la façon de se laver les mains quand celui de l’Économie appelle à ne pas paniquer… Ah bon ?

Mais pendant ce temps-là… on adopte en première lecture la réforme des retraites au moyen d’un traitement à coup de 49 alinéa 3 de la Constitution de 1958… Médicament institutionnel efficace des gouvernements de la Ve République prescrit quel qu’ait été la couleur du médecin exécutif… Amputation du débat, infecté par une pandémie d’amendements impossible à traiter. Le texte va être examiner, ausculter, disséquer, peut-être, là encore, amputer au palais du Luxembourg. Pas de posologie constitutionnelle à ce stade, en tout cas. Une intervention quasi ambulatoire…

Et pendant ce-temps-là, au cœur de l’Europe dont la tension est allée au-delà de la diastole institutionnelle normale, le médecin de downing-street, après consultation, a tranché rapidement, mutilant une Europe en construction… Mais comme toujours, après ce genre d’opération, il faut panser à défaut, parfois, d’avoir pensé… La période de transition post Brexit s’ouvre. Les négociations formelles Europe et Royaume-Uni ont débuté le 2 mars 2020 sur fond d’angoisses épidémiologiques.

Le Conseil a adopté l’ouverture de négociations pour un nouveau partenariat avec le Royaume-Uni, désignant officiellement la Commission comme négociateur de l’UE. Le professeur BARNIER est au bloc…

Pour commencer, des  sujets d’importance majeure prévenant d’éventuelles affections institutionnelles et juridiques du corps européen : l’application des lois et la coopération judiciaire en matière pénale ; la politique étrangère ; la sécurité ; la défense…

Et pendant ce temps-là, le futur partenariat Anglo-européen, devra garantir une concurrence ouverte et loyale, étant donné la proximité géographique et l’interdépendance économique de l’UE et du Royaume-Uni… Vaste traitement préventif de maux dont l’Union souffre déjà…

Et pendant ce temps-là, l’UE annonce qu’elle veut conclure un accord de libre-échange avec la Grande-Bretagne ; les écossais s’enrhument eux qui veulent rester dans le cocon européen. Mais selon les grands thaumaturges de Bruxelles, cet accord garantira que les droits de douane et des quotas zéro s’appliquent au commerce des marchandises. Wait and see les effets de l’ordonnance européenne…

De son côté, Londres veut retrouver le contrôle de ses frontières maritimes, mais aussi échapper aux décisions de la Cour de justice européenne… Ben voyons !  Cette énorme opération des négociations, le chirurgien Boris JOHNSON entend bien la terminer avant le 31 décembre 2020, fin officielle de la période de transition. Le docteur Folamour britannique est prêt à débrancher le tuyau des discussions s’il y avait trop de tergiversations entre les deux parties…

Querelles annoncées… Personne n’est d’accord sur les bons remèdes à ingérer pour un équilibre de l’ensemble du corps économique et social de l’Union européenne. Chacun veut préserver sa santé. Mais l’Union se méfie et craint les attaques virales des dumpings qui infectent et tuent ses modèles économiques et sociaux les plus élaborés, mais fragilisés… Le spectre d’un « Singapour sur la Tamise » (un paradis fiscal aux portes de l’Europe) serait un foyer de dérèglement de l’ensemble des cellules économiques du corps social. À défaut de vaccin, il faudra une prévention de cheval ! Bruxelles devra batailler ferme face à Londres qui revendique sa liberté commerciale après le divorce, et n’entend pas s’aligner sur les règles européennes.

Il ne suffira certainement pas de s’en laver les mains…

 

Philippe BONNEAU

 

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