Angoisse épidémiologique…

 

L’épidémie du 2019-nCoV, autrement appelé coronavirus, qui sévit en Chine depuis la fin du mois de décembre, inquiète le monde entier. L’Organisation mondiale de la santé a décrété le 30 janvier l’état d’urgence sanitaire à l’échelle internationale. La maladie dénommée maintenant COVID-19 comporte les symptômes d’une infection respiratoire aiguë avec des anomalies pulmonaires.

Le nombre de cas de contamination et de décès s’alourdit chaque jour. La presse parlée, télévisée, écrite… en fait ses unes.

Les autorités chinoises ont réagi en imposant des mesures de confinement drastiques à travers le pays, prolongeant la mise à l’arrêt des usines et des entreprises après les congés du Nouvel An chinois. L’Italie atteinte, restreint les libertés de circulation, y compris de transports publics.

Une forme d’angoisse collective devient perceptible ; angoisse relayée, voire créée ou entretenue par les médias et les réseaux sociaux avec sa fange de fausses informations ou nouvelles fantaisistes, quand certains politicien-ne-s n’en rajoutent pas un peu… Comme pour le SRAS au début des années 2000, puis pour la grippe H1N1 en 2009 puis ensuite le virus Ebola en 2014, commentaires, recommandations de toutes sortes, font perdre et abolissent le sens commun de la simple réflexion pour ne pas écrire de l’intelligence. Une fois de plus l’humanité est en face de ce qui, sans en sous-estimer la gravité, reste un épisode épidémiologique qu’il faut traiter avec raison et prévention plus qu’avec exacerbation des fantasmes à la manière des scenarii de séries B catastrophes.

Raison d’abord en rappelant l’Histoire pour commencer. Une épidémie n’est pas nécessairement une pandémie ! Et toutes les pandémies n’ont ni la violence ni la vitesse de propagation par exemple de la peste noire qui au XIVe siècle décima de 30 à 50 % des Européens en cinq ans (1347/1352) faisant environ vingt-cinq millions de victimes ! L’ampleur de l’épidémie à ce jour est en tous cas bien moindre que celle du SRAS, un virus de la même famille que le coronavirus qui s’était propagé en 2002-2003 de la Chine à une trentaine de pays.

L’épidémie de coronavirus dont 98 % des cas sont aujourd’hui confinés en Chine avec son presque 2 milliards d’habitants fait état de 1367 morts au 15 février 2020. L’épidémie de grippe en France au cours de l’hiver 2018/2019, a causé 10 000 décès…

Au-delà des inquiétudes strictement médicales, le nouveau coronavirus apparu en Chine soulève des préoccupations sur le coût économique potentiel d’une épidémie mondiale — comme on l’avait vu avec le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) il y a 18 ans.

Selon les conjoncturistes, le coronavirus pourrait coûter un à deux points de PIB à la Chine. L’effet sur la croissance mondiale est plus incertain, sachant que le pays représente 16 % du PIB mondial.

L’économie du voyage a déjà commencé à ressentir les contrecoups de cette éclosion ; sans doute l’activité portuaire liée aux échanges avec l’Asie va-t-elle se ralentir.

Afin de limiter les risques de transmission de ce nouveau virus, les autorités sanitaires françaises émettent des recommandations aux voyageurs devant séjourner dans un pays où des cas d’infection par le nouveau coronavirus ont été signalés (Ministère des Solidarités et de la Santé – coronavirus – informations pour les voyageurs).

En entreprise, l’INRS a fait des préconisations de mesures de préventions (hors milieux de soins), tout en rappelant que, en milieu de travail comme en population générale, le risque est limité, puisque seul un contact étroit avec des personnes présentant des symptômes pourrait contaminer.

L’INRS précise aussi que, comme pour toute maladie infectieuse, il est essentiel de respecter les mesures habituelles d’hygiène, notamment de se laver fréquemment les mains avec du savon ou les désinfecter avec une solution hydro-alcoolique. Et de poursuivre qu’aucune transmission via des objets (bagages, colis, etc.) n’a été rapportée à ce jour. Les recommandations usuelles de manipulation doivent être respectées.

Enfin, il est affirmé que le port du masque n’est pas nécessaire…

Autant de mesures de prévention (ou pas) qui n’ont d’autres buts raisonnables que de rappeler des règles d’hygiène et de sécurité générales, sans angoisse ni panique de l’apocalypse virale… !

Le poète latin Horace écrivait, il y a un peu plus de 2000 ans, « Il faut de la mesure en toutes choses… »

 

Philippe BONNEAU

 

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