Le nouveau président français semble agacer sérieusement les premiers ministres hongrois et polonais.

En marge du Conseil européen, le chef du gouvernement de la Hongrie, Viktor ORBAN, l’a qualifié de « nouveau garçon », selon des propos diffusés par la télévision hongroise. Le Premier ministre hongrois était furieux de certaines phrases de l’interview d’Emmanuel MACRON diffusée dans la presse européenne mercredi. En visant plus ou moins explicitement la Hongrie et la Pologne, le chef de l’État français avait en effet déclaré : « Quand j’entends aujourd’hui certains dirigeants européens, ils trahissent deux fois. Ils décident d’abandonner les principes, de tourner le dos à l’Europe, d’avoir une approche cynique de l’Union qui servirait à dépenser les crédits sans respecter les valeurs. L’Europe n’est pas un supermarché. L’Europe est un destin commun »¹ ;
Emmanuel MACRON a aussi plaidé pour « promouvoir une Europe qui aille vers un mieux-être économique et social », en mentionnant la question controversée du travail détaché. « Les grands défenseurs de cette Europe ultralibérale et déséquilibrée, au Royaume-Uni, se sont fracassés dessus. Sur quoi le Brexit s’est-il joué ? Sur les travailleurs d’Europe de l’Est qui venaient occuper les emplois britanniques », a rappelé le président français. Et de poursuivre « Le travail détaché conduit à des situations ridicules. Vous pensez que je peux expliquer aux classes moyennes françaises que des entreprises ferment en France pour aller en Pologne car c’est moins cher et que chez nous les entreprises (…) embauchent des Polonais car ils sont payés moins cher ? Ce système ne marche pas droit » ¹,

Pour Viktor ORBAN c’est un discours qui le met hors de lui. Il a répondu en indiquant « [MACRON] pense que la meilleure manière de montrer son amitié était de forcer la main aux pays d’Europe centrale. Ce n’est pas comme ça que ça se passe ici, mais il va vite apprendre ». Le même jour, la Première ministre polonaise, Beata SZYDLO, s’en est également prise au président français : « La Pologne est ouverte à la coopération avec la France. Mais cela va dépendre du président MACRON, s’il veut étaler dans les médias son antipathie à l’égard des pays d’Europe centrale ou bien s’il veut parler des faits. (…) Je pense qu’il vaut mieux parler des faits et ne pas s’en tenir à des stéréotypes. »

S’il était encore besoin d’une démonstration sur les intentions des pays de l’Union souhaitant profiter au maximum d’un système ultra libéral qui détruit les pavillons nationaux du transport des États de l’Ouest, nous l’avons ! L’Alliance prônée à l’initiative de la France, fin 2016, doit se poursuivre et impérativement  être soutenue, encouragée. Sans ambages. Sans faux semblants. Sans double jeu… par l’ensemble de la profession et de ses organisations professionnelles mais aussi syndicales.

Plus nous serons forts et unis sur une question aussi capitale que celle-ci, plus la branche aura à gagner face à l’ultra libéralisme des pays de l’Est et d’Europe centrale dont ils chantent les mérites trompeurs. D’autres pays, notamment dans la péninsule ibérique, sont plus discrets mais tout aussi séduits par ces chants maléfiques de moins disant social au nom d’un « Enrichissez-vous » moderne, véritables récifs destructeurs d’une concurrence européenne libre et non faussée !

Ne nous payons pas de mots : malgré tout, les sirènes ultra-libérales séduisent aussi certains Commissaires européens….

Dans la tradition homérique, les sirènes musiciennes étaient dotées d’un talent exceptionnel. Elles séduisaient les navigateurs qui, attirés par les accents magiques de leur chant, de leurs lyres et flûtes perdaient le sens de l’orientation, fracassant leurs bateaux sur les récifs où ils étaient dévorés par ces enchanteresses. Conseillons aux décideurs de la Commission mais aussi à tous les acteurs de la profession d’adopter la position d’Ulysse et de ses compagnons qui parvinrent à résister à leur pouvoir de séduction. Après avoir été mis en garde par Circé, Ulysse fit en effet couler de la cire dans les oreilles de ses marins pour qu’ils ne puissent pas entendre le chant des sirènes tandis que lui-même se faisait attacher au mât du navire. Ainsi il put écouter leur chant sans se précipiter vers elles malgré la tentation…

L’image vaut ce qu’elle vaut. Elle est pourtant loin d’être qu’une simple illustration allégorique… Ulysse dans le rôle de la Commission ou de certains décideurs, ses compagnons dans le rôle des entreprises de transports qui ne veulent pas sombrer.

Reste Circé. C’est l’OTRE dans ses mises en garde répétées. Depuis des mois !

Philippe BONNEAU

 

¹ : Le Figaro, Le Soir, Le Temps, The Guardian, Corriere della Sera, El Pais, Süddeutsche Zeitung, Gazeta Wyborcza du 21 juin 2017

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