La fièvre (sociale) monte dans la branche transport…

La fédération FO des transports a appelé, vendredi 18 mai, les chauffeurs routiers à la « mobilisation » à partir du dimanche 3 juin à 22 heures, pour contraindre notamment le gouvernement à appliquer les engagements qu’il a pris au moment de la signature du protocole du 4 octobre 2017. La CGT a annoncé qu’elle s’inscrivait dans la même logique, sans s’inscrire dans le mouvement annoncé le 3 juin. La CFDT n’a pas encore donné sa réponse. La CFTC a décliné renvoyant l’action en septembre.

Dénonçant le « non-respect de la parole de l’État », FO rappelle que « depuis le 4 octobre 2017, les salariés du transport et activités auxiliaires attendent l’extension de l’accord qui sécurise les salaires et les diverses primes dans la Convention Collective ainsi que l’intégration dans le Code des Transports, des frais de route et accords d’amplitude conventionnels ».

On rappellera que ce protocole, signé par l’ensemble des organisations patronales et de salariés, doit empêcher que des annexes de rémunération (indemnités pour travail de nuit, jours fériés et dimanches, treizième mois pour certaines activités) soient remis en cause par accord d’entreprise, neutralisant une mesure contenue dans la dernière réforme du travail dans les ordonnances dites MACRON du 2 septembre 2017.

« On a alerté le gouvernement plusieurs fois, ils disent que ce sera dans la future loi Mobilités initialement attendue pour juin » a dit à l’AFP Patrice CLOS de FO-Transports. C’est effectivement ce que vient tout juste de confirmer par courrier le directeur de cabinet d’Élisabeth BORNE, la ministre des transports.

La mobilisation annoncée à partir du dimanche 3 juin à 22 heures pourra se traduire par « des piquets de grève sur les lieux de travail ou des actions de blocage », selon FO-Transports.

Tous les métiers du transport sont concernés par cet appel de FO. Il concerne en effet tous les salariés du transport de marchandises, de voyageurs ou de fonds, ainsi que ceux du transport sanitaire, de la logistique et du déménagement.

 

L’OTRE s’est exprimé sur ce point estimant, par la voix de son secrétaire-général, Jean-Marc RIVÉRA que « Du côté des organisations patronales, tout ce qui a pu être sécurisé concernant le protocole du 4 octobre l’a été à travers un projet d’accord, treizième mois pour certains secteurs, dimanche et jours fériés, travail de nuit. Tout est prêt, il ne reste qu’à parapher l’accord avec les organisations syndicales, lesquelles conditionnent leurs signatures au respect des engagements pris par le gouvernement le 4 octobre, notamment les frais de déplacements. »

De plus, les syndicats s’inquiètent également du futur « paquet routier européen », objet d’âpres négociations entre les pays d’Europe de l’Ouest et du Nord d’un côté, et des pays d’Europe centrale et orientale de l’autre. Les remises en cause sociales soutenues par la présidence européenne bulgare irritent les organisations syndicales : cabotage qui passe de trois à sept jours, temps de repos journaliers et hebdomadaires diminués, etc. Regroupées dans une organisation de syndicats de salariés européens (ETF), une action de protestation à Strasbourg est envisagée. Convergence cette fois ci avec le… gouvernement français qui s’oppose à ce projet de réforme du paquet routier.

Enfin, les syndicats protestent encore contre l’obligation faite aux employeurs de divulguer aux autorités l’identité des salariés susceptibles d’avoir commis une infraction au code de la route avec un véhicule d’entreprise.

Ajoutons à cela les inquiétudes des patrons transporteurs sur le retour d’une écotaxe qui ne dit pas son nom, et l’on obtient les ingrédients d’un mélange détonnant capable de faire de la branche transport un acteur actif des protestations à venir.

Le gouvernement ferait bien d’y prendre garde…

 

Philippe BONNEAU

 

Téléchargez l'article en PDF : Download PDF