Nuit du 20 au 21 juin, autoroute A 16, 15 kilomètres de Calais. Le conducteur d’un VUL immatriculé en Pologne a percuté vers 3 h 45 l’un des trois poids lourds bloqués par un  barrage artisanal érigé par des migrants sur l’autoroute. Son véhicule s’est embrasé, a indiqué laconiquement la préfecture du Pas-de-Calais dans un communiqué. L’identité du conducteur n’a pu être encore déterminée, « compte tenu de l’état du corps », a précisé le Préfet…

Neuf migrants de nationalité érythréenne ont été interpellés dans l’un des poids lourds bloqués par le barrage et placés en garde à vue. Ils sont poursuivis pour « homicide involontaire », « entrave à la circulation » et « mise en danger de la vie d’autrui ».

Présenté ainsi, on serait tenté de qualifier l’événement de fait divers.

Mais outre les drames humains dont il est révélateur et que nul ne peut ignorer, cet accident qui implique une fois de plus bien involontairement, la profession du transport rappelle l’urgence de mesures à mettre en place pour la profession. L’OTRE le  réclame depuis des mois. Ce drame, on ne pouvait que  le craindre, le redouter.  Les entreprises de transport et les routiers eux-mêmes  sont les premières victimes de cette situation.

L’installation de barrages artisanaux dans le Calaisis, principalement la nuit, par des migrants désespérés afin de ralentir des camions en partance pour l’Angleterre et de tenter de se cacher à l’intérieur, était quasi-quotidienne lorsque la « Jungle » n’était pas démantelée. Cette pratique avait cessé mais a progressivement repris depuis fin mai et le retour marqué des migrants dans le Calaisis. L’OTRE s’était déjà inquiétée des risques de ces blocages sauvages qui plus est désormais sur un axe autoroutier.

Et si cet accident au-delà du problème migratoire n’était au fond, qu’une conséquence de cet autre scandale humain et économique ? Conséquence a fortiori d’une forme d’esclavagisme moderne dont des donneurs d’ordre, peu scrupuleux, profitent allégrement pour contourner la loi ? Conséquences d’une forme de cécité, volontaire ou pas, des pouvoirs publics à Bruxelles, Paris voire Calais ?

Dans la nuit du 20 au 21 juin, depuis combien de temps le conducteur du VUL accidenté, roulait-il ? De quand daté son dernier repos ? Dans quelles conditions ? Nul ne pourra le dire. Sans être entendue, seule parmi les organisations professionnelles,  l’OTRE exige pourtant des pouvoirs publics que tous les VUL utilisés pour des transports nationaux ou internationaux soient équipés de chronotachygraphe.

Le drame du 20 juin n’a bien sûr pas à être « récupéré » au service de telle ou telle revendication. Mais il n’interdit pas de réfléchir ! Avec délicatesse nous l’avons déjà exprimé ici : le dumping social tue l’activité économique et sociale du transport routier français. Mais ce pauvre conducteur polonais carbonisé dans la petite cabine de son VUL s’il est la victime indirecte de ce drame des populations déplacées désespérées pour causes de guerre est, peut-être, aussi la victime de cet autre conflit que livrent sans vergognes des opérateurs coupables de tout détruire, y compris des vies humaines.

Que faut-il de plus pour que cela s’arrête ?

Philippe BONNEAU
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