Deux faits majeurs ont marqué le monde du transport routier la semaine dernière. Deux évènements qui, à des degrés différents, auront des conséquences à court et moyen terme sur les PME du secteur.

Le premier, bien évidemment, est le blocage des sites pétroliers et portuaires dont les entreprises de transport routier sont les premières victimes, au nom d’un conflit politique initié par deux organisations syndicales qui ne veulent pas en assumer le sens. Si la conséquence la plus visible a été une certaine pénurie dans l’approvisionnement du carburant, il en est d’autres tout aussi préjudiciables.

En premier lieu, l’augmentation constatée du prix du carburant. Les industriels et distributeurs de carburant indiquent que ces prix remontent en raison de la conjoncture internationale et de l’augmentation du brut.
Mais le prix du brut était déjà à la hausse la semaine précédente sans incidence sur le prix à la pompe ou à la cuve ! Or le CNR a constaté une augmentation de 6,61 % sur une seule semaine, certains transporteurs constatant des prix à la cuve en augmentation de 30 % parfois ! Il sera très difficile, par la suite, de répercuter équitablement ces augmentations.
S’il est admis que cette crise a induit des coûts supplémentaires pour les distributeurs, il ne faudrait pas non plus que ce soit les transporteurs, principaux artisans du retour à la normale qui paient l’addition de celle-ci.

En revanche, pour toutes les entreprises travaillant autour et pour les activités portuaires, notamment au Havre, les conséquences sont massives et immédiates. Les blocages des ports ont déjà fortement impacté l’activité de ces PME, certaines perdant tout simplement une semaine entière de chiffre d’affaire. Les préavis de blocage pour les jours à venir laissent malheureusement augurer de nouvelles pertes.
À qui présenter la facture et demander le remboursement de la perte de chiffre d’affaire ? Malheureusement, la réponse est dans la question…

Cette situation de blocage aura aussi des conséquences sur la logistique à venir, car ce seront bien les entreprises du transport routier et leur personnel qui devront absorber les retards accumulés, avec les coûts sociaux induits. Sommes-nous sûrs que ce sont les transporteurs français et les conducteurs français qui bénéficieront de ce surcroit de travail temporaire ? Ou bien est-il à craindre que ce soit une fois de plus, les transporteurs étrangers à bas coût dont les amplitudes de travail et la productivité sont bien supérieures à celles des nationaux ?

Les bloqueurs « syndicalistes » sont-ils prêts à assumer cette dernière conséquence auprès de leurs camarades salariés ? Seront-ils prêts à assumer le chômage qui pourrait en découler dans le secteur, et le cas échéant un gel des salaires ? Car en cascade, ce sont aussi les risques que font courir cette crise et ces blocages à notre branche d’activité.
Il en va de même dans le secteur du transport de personne avec des transports touristiques et des sorties scolaires. Là aussi, les effets de ces blocages sont palpables de façon identique : perte de chiffre d’affaire due à des tournées touristiques annulées, perte de circuit en raison de l’absence d’approvisionnement.

Un second évènement a fait moins de bruit car il est intervenu pendant cette semaine de tensions sociales. Il n’en est pas moins important et de nature à accélérer encore la délocalisation inversée du marché intérieur français. Il s’agit de la relaxe générale prononcée par le Tribunal correctionnel de Valence de l’ex groupe Norbert DENTRESSANGLE, aujourd’hui XPO Logistics, dont des dirigeants étaient poursuivis pour des pratiques sociales répréhensibles. Le parquet fait heureusement appel de cette décision ! Car les enjeux sont graves.

D’une part, ce jugement est un encouragement manifeste à contourner la loi et les règles du transport routier français. Si on voulait inciter les transporteurs à délocaliser leur main d’œuvre, on ne s’y serait pas pris autrement ! Pourquoi continueraient-ils à perdre de l’argent et voir leur entreprise péricliter alors que les grands groupes peuvent impunément faire travailler des salariés embauchés dans les pays à bas coûts salariaux ?
D’autre part, c’est une injure au travail de contrôle effectué par les services de l’État qui voient des mois, voire des années de travail d’instruction de dossiers complexes, réduit à néant.

Ce jugement et cette situation ne sont pas acceptables !
L’OTRE poursuit ses actions de dénonciation des situations de délinquance économique. Elle se constitue partie civile dans toutes les affaires de ce type renvoyées devant les juridictions correctionnelles, et se bat pour sauvegarder les entreprises françaises et leur personnel.

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