Puissance hongroise…

 

Le groupe hongrois Waberer’s va bien. Merci !

Avec un chiffre d’affaires de 674,4 millions d’euros en 2017 dont 511,6 millions d’euros pour le transport international (+ 13,3 %), le groupe, basé à Budapest, est l’un des leaders européens du transport routier en lots complets. Par rapport à 2016, le chiffre d’affaires a progressé de… 23 %. Avec environ 4 300 camions, 4 500 conducteurs pour un total de 7 600 employés, les données sociales et économiques du groupe frisent la démesure. Ses résultats aussi.

Rien ne semble arrêter la progression d’un transporteur qui est l’émanation d’une société d’État Hungarocamion et du distributeur Volàn Tefu

Dans le cadre de son développement en Europe, l’entreprise a ouvert une filiale française dont le siège est à Boulogne-Billancourt. Devrait suive l’ouverture de sites aux Pays-Bas, Royaume-Uni et Italie. La France est le troisième marché du groupe avec 80 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’objectif est de le doubler à court terme…

Évoquer une progression serait, dans cette circonstance, un doux euphémisme… Transportissimo du 26 avril dernier rapporte les propos de Ferenc LAJKO, PDG du groupe :
« En ce qui concerne notre performance financière et opérationnelle, nous avons répondu aux attentes à tous les niveaux. Le chiffre d’affaires et la performance de l’Ebitda récurrent du groupe ont augmenté respectivement de 18 % et 17 %. Comme nous l’avons souligné dans notre stratégie aux investisseurs dans le processus d’introduction en bourse, cette croissance repose en partie sur les effets des acquisitions et en partie sur la croissance organique. L’évolution du résultat net est d’autant plus encourageante que 2017 a enregistré une croissance de 58 % du résultat net. » (1)

Grace à son introduction en bourse, le groupe a pu financer le rachat d’une grande société polonaise Link qui facilite l’accès à un portefeuille stratégique de contacts clients.

La stratégie de développement de l’ogre hongrois n’est pas nouvelle. Déjà, il y a un an, le patron du groupe annonçait: « À l’ avenir, nous prévoyons de nouvelles opérations de croissance organiques et externes (…) Nous comptons sur les solutions technologiques pour améliorer encore notre efficacité opérationnelle, parmi lesquelles la numérisation et une meilleure utilisation des données. Et nous prévoyons de diversifier notre clientèle en ciblant l’automobile et le e-commerce. »(2)

Fermez le ban. Belle réussite.

 

De l’intérêt général du champion national

Qu’il nous soit permis toutefois d’émettre quelques questions, en espérant que l’OTRE ne s’attirera pas l’ire des instances régulatrices de la concurrence… Mais risquons une forme d’impertinence : par exemple le développement et la réussite, presqu’insolente, du groupe le sont à quel prix voir… et à quels prix ? Concrètement, quels salaires moyens pour les 4 600 conducteurs du groupe ? Combien d’opérations de cabotages légalement réalisées ? Et à quels coûts ? Ne serait-ce que sur le marché français ? Il ne s’agit là que d’interrogations. Mais qui dira qu’elles ne sont pas légitimes ?
Le siège du groupe est dans la capitale hongroise. Il y a fort à parier que la réussite du groupe Waberer’s ne soit pas de nature à dissuader le gouvernement hongrois dont chacun connaît l’appétence pour une construction européenne… à moindre coût social tout en profitant amplement des subsides de l’Union Européenne. La discussion dans et autour du Paquet mobilité offre une preuve de la détermination des États d’Europe Centrale et de l’Est à tout faire pour que ses professionnels routiers aient un large accès aux marchés occidentaux. Et ce, dans un cadre légal et réglementaire européen le moins contraignant possible. La puissance de certains groupes comme Waberer’s nous rappelle, si besoin était, que la concurrence doit être régulée, défendue mais pas faussée…

L’urgence et l’exigence de l’Alliance dans laquelle la France œuvre pour éviter qu’une forme de concurrence déloyale puisse être légalisée s’impose plus que jamais. L’expression de l’OTRE a été claire sur ce point comme d’ailleurs l’ensemble des organisations professionnelles françaises. Ce qui rassure sur une forme de conscience des périls encourus si nous n’y prenons garde. L’oublier serait irresponsable !

 

Philippe BONNEAU

 

(1) Cité par Jean-Yves KERBRAT dans Transportissimo du 26 avril 2018
(2) Cité par Valérie CHRZAVZEZ dans Transport Info du 21 mars 2017

 

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