Mais où sont les chauffeurs ?

 

Mais que diable se passe-t-il ? Comment répondre à l’angoisse des chefs d’entreprise parfois contraints de refuser des marchés par manque de conducteurs ? Aberrant dans une France qui compte un peu moins de 3 millions de chômeurs… Mais réalité du quotidien pour des exploitants inquiets.

Cela n’est pas nouveau. On le sait : le transport routier compose depuis des années avec des difficultés de recrutement persistantes. Pour 2019, l’OPTL prévoyait que l’ensemble de la branche transport et logistique avait besoin de 54 500 nouveaux entrants pour pallier les départs à la retraite et assurer la croissance de l’activité. Une paille ! Les deux-tiers de ces offres concernent des conducteurs, tous secteurs confondus, et 62 % des chauffeurs dans le transport de marchandises lui-même.

On l’a vu et constaté une nouvelle fois lors du 19e Congrès de l’OTRE le 8 octobre dernier. Les nombreux adhérents présents ont eu l’occasion de s’exprimer dans ce moment unique et toujours fort « La parole aux adhérents » où s’expriment les préoccupations prégnantes des représentants des entreprises sur le terrain. Force est de constater que c’est LA préoccupation principale de nos adhérents.

Ne nous payons pas de mots. L’une des causes de cette pénurie de candidats, malgré un taux de chômage qui reste élevé, est en partie due au fait que le secteur souffre de sa mauvaise image. Lors du Congrès de l’OTRE, un chef d’entreprise s’exprimait de manière pertinente en déclarant : « Il est difficile d’attirer les jeunes quand certains rabâchent de manière infondée que le transport routier est une cause majeure de pollution, ou lorsqu’on nous promet des camions autonomes d’ici à quelques années, alors qu’ils n’arriveront sans doute pas avant trente ans ».

A cela s’ajoute l’image de conditions de travail ayant la réputation d’être éprouvantes et contraignantes. Image aussi des découchers alors même qu’ils ne concernent qu’une toute petite minorité de conducteurs, la majorité rentrant tous les soirs chez eux. Et si les nouvelles technologies facilitent le métier, la géolocalisation permanente est prise comme une forme de surveillance de tous les instants et l’impératif des délais de livraisons à respecter font craindre le stress…

Malgré tout, les postulants ne manquent pas. Mais beaucoup d’exploitants regrettent que la qualification requise fasse souvent défaut…  Et cela aggrave les tensions sur une catégorie de chauffeurs où la pyramide des âges annonce de gros soucis dans les années à venir.

Dans toutes les régions, les acteurs du secteur se mobilisent organisant ici où là des manifestations mettant en contact chefs d’entreprise et demandeurs d’emplois. Depuis le début de cette année 2019, à titre d’exemples, ce ne sont pas moins de 1 375 projets de recrutement de conducteurs routiers et grands routiers qui sont proposés dans les entreprises de Bourgogne-Franche-Comté. Cela représente plus du tiers (35%) des offres d’emplois !

Nationalement, selon l’enquête « Besoins en main d’œuvre » de Pôle Emploi, cet important besoin de recrutement classe les métiers du transport dans le TOP 20 de ceux les plus recherchés. Tous les métiers, en effet. Car si le transport de marchandises est fortement frappé par cette pénurie, les transporteurs de personnes, voyageurs ou sanitaire, la déplorent eux aussi. Ils l’ont d’ailleurs fait lors du dernier Congrès de l’OTRE.

Et puis il y a, parfois, la motivation des candidats. Édifiant à cet égard ce témoignage d’un chef d’entreprise lors de « La Parole aux Adhérents » expliquant que sur les sept personnes attendues pour la première visite d’un entretien d’embauche d’un conducteur, seulement deux se sont présentées au final. Ce n’est d’ailleurs pas, selon lui, le métier qui pose problème, mais le travail en général. « C’est un problème générationnel. »

Pour les seules entreprises du secteur transport routier de marchandises et logistique tout comme pour le déménagement, on estime à environ 23 000 le nombre de postes à pourvoir

Selon l’OPTL, la proportion d’entreprises du secteur déclarant éprouver des difficultés de recrutement s’accroît de 10 points en 2018… Elles sont désormais 43 % dans cette situation, et jusqu’à 68 % dans le transport routier de voyageurs. Neuf fois sur dix, les entreprises sont à la recherche de conducteurs.

Sur l’ensemble de la branche, les plus de 50 ans sont 2,5 fois plus nombreux que les moins de 30 ans, et dans le transport routier de voyageurs près d’un salarié sur deux a plus de 50 ans.

Conducteur n’est d’ailleurs pas le seul métier du secteur à recruter : mécaniciens, exploitants, personnels administratifs…

On pourrait imaginer que devant un tel constat, le gouvernement serait attentif à ne pas pénaliser une activité qui est une valeur ajoutée pour l’emploi et l’activité économique.

Que nenni !

Comme sourd à ce qui lui est dit, il envisage au contraire de taxer encore davantage dans le PLF 2020 les transporteurs français, encourageant, de fait, une concurrence déloyale aux conducteurs… à bas prix.

Consternant !

 

Philippe BONNEAU

 

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