Encore une fois la profession risque d’endosser une image de pollueur que certains lobbys, à terme, exhiberont en fait justificatif pour la mise en place de politiques globalement coercitives pour tous les transporteurs. Or, quelle branche d’activité, plus que le transport routier, a fait autant d’efforts et mis en place autant d’actions spécifiques, depuis des décennies, pour la préservation de l’environnement ? Quelle branche d’activité, ne serait-ce qu’en France, a autant milité et obtenu des résultats significatifs pour la diminution des émissions de particules ?

Le grand public l’ignore mais les camions de dernière génération polluent nettement moins que les voitures qui sortent actuellement des chaînes de production des constructeurs automobiles ! Ce constat a été tiré par l’ONG américaine ICCT, celle qui a révélé le scandale Volkswagen, dans une étude montrant qu’en conditions réelles, les camions émettent deux fois moins d’oxydes d’azote (NOx) que les automobiles !

La raison de cette prouesse technique? Des dispositifs antipollution qui équipent les poids lourds grâce à l’AdBlue. Mais c’est un système contraignant car si le réservoir d’AdBlue est vide, le moteur du camion se bride, et il perd 20 % de sa puissance. Un moyen efficace d’obliger à rouler en limitant les émissions polluantes…

Des poids lourds provenant d’Europe de l’Est et d’Europe centrale manipulent leur système d’échappement et déversent des tonnes d’oxyde d’azote. Mais on sait aussi que des dizaines de sites internet proposent des boîtiers permettant de se passer d’AdBlue sans spécifier clairement qu’ils sont illégaux… Pire. En France même, des garages ayant pignon sur rue les vendent et les installent en toute impunité… Comme le souligne fort justement France Nature Environnement « Un camion qui roule sans AdBlue, c’est comme s’il polluait autant qu’un camion de première génération, qui sont interdits à la circulation aujourd’hui »

Il est difficile d’évaluer le nombre de poids lourds équipés illégalement de ces boîtiers. Les allemands  ont estimé que jusqu’à 20 % des poids lourds en provenance d’Europe de l’Est étaient probablement munis de ce dispositif. C’est pourquoi des contrôles de système AdBlue sur la route sont réalisés par la police allemande. En France, il semblerait qu’aucune recherche de ce type de dispositif n’est effectuée par les forces de l’ordre toute occupée qu’elles sont à majoritairement sanctionner les infractions aux règles sociales…

Or l’OTRE a depuis longtemps dénoncé ce problème déjà relevé par la députée Delphine BATHO dans son rapport parlementaire sur l’industrie automobile. En effet, La mission parlementaire mise en place après l’« affaire Volkswagen » avait estimé la nécessité de « refonder la réglementation ». « J’ai demandé la saisine immédiate de la répression des fraudes. Les sites internet qui vendent des dispositifs doivent être fermés, il doit y avoir des procédures judiciaires. On ne peut pas laisser ça comme ça. Il faut que l’exécutif fasse le nécessaire, ça me parait indispensable », déplore l’ancienne ministre de l’Écologie dans ce rapport daté du 15 octobre 2016…

Repérer les véhicules polluants n’est pourtant pas très compliqué. Des technologies existent pour détecter les véhicules polluants. La technologie est là pour mesurer en conditions réelles sur des routes les émissions d’oxyde d’azote.

La volonté politique manque…

L’OTRE réitère avec fermeté sa condamnation de telles pratiques essentiellement concentrées (mais pas uniquement) sur des transporteurs d’Europe centrale et d’Europe de l’Est. Tout est bon, pour certains d’entre eux, pour réduire les coûts en jouant la carte du dumping par les procédés les plus illégaux ! À l’heure où un nouveau gouvernement entre en fonction, il est urgent que ceux qui sont désormais en charge de la politique transport, réagissent avec fermeté contre ces tricheurs de l’environnement dont les pratiques ternissent l’investissement constant, et de longue date, de la branche pour réduire les émissions d’oxydes d’azote. L’OTRE saisira, dès sa nomination, le nouveau ministre de ce dossier qui n’a que trop duré.

Cette fermeté des pouvoirs publics que l’OTRE appelle de ses vœux, n’est qu’une composante essentielle du combat mené depuis des mois contre toutes les formes de concurrence déloyale dont les transporteurs vertueux, respectueux des règles sociales et environnementales, sont victimes.

S’agissant de l’environnement, les transporteurs ont pris leur responsabilité ! Que l’État prenne les siennes et fasse, là encore, respecter la loi.

 

Philippe BONNEAU
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