Vous avez dit « Essentiel et stratégique… » ?

 

Les jours se suive et se ressemblent. Depuis le 16 mars, le pays tourne au ralenti. Euphémisme s’il en est. Il s’est arrêté. Sauf là où des activités essentielles à la vie sociale se poursuivent. S’amplifient même. Et d’un seul coup on s’aperçoit qu’à l’essentielle de l’activité correspondent des « gens ». Des femmes et des hommes qui dans l’ordinaire du temps sont… transparents pour ne pas écrire invisibles. Serait-ce déjà un point positif que cette reconnaissance pour l’infirmière, le soignant, l’agent du service public de l’hôpital mais aussi de la poste ? Pour la caissière ou la « petite main » des rayons de l’hyper, du super ou du magasin de proximité ? Pour le policier qui veille, le militaire des opérations de « Sentinelle ». Toujours là….

 

Et les routiers ?  Eux aussi, comme les précédents, ils sont là.

Sur Radio Vinci Autoroute, notre secrétaire d’État de tutelle, Jean-Baptiste DJEBBARI a tenu, ce 9 avril, à s’adresser à toutes celles et à tous ceux qui continuent de circuler afin d’assurer la continuité des missions indispensables à l’activité de notre pays. Le ministre a d’abord rappelé que le maintien de la chaîne logistique « avait été [sa] première priorité dès le début de la crise ». « Cette chaîne d’approvisionnement est solide et son maintien a pu éviter tout risque de pénurie. Elle permet à la nation de se tenir debout ! »

Et Jean-Baptiste DJEBBARI de poursuivre en saluant le travail des chauffeurs routiers et l’importance des sociétés d’autoroutes qui assurent les conditions de travail nécessaires aux personnes maintenant l’approvisionnement du pays. « Cette crise représente un obstacle pour ces professionnels. Nous avons dû résoudre des problèmes très concrets pour continuer de leur rendre accessibles les toilettes, les douches et des points de restauration lors de leurs déplacements » a souligné le jeune membre du gouvernement.

On ne peut qu’être sensible de notre ministre… La profession l’est. Incontestablement. Le transport routier et la logistique sont confirmés comme un secteur stratégique, essentiel… Mais quel dommage que M. DJEBARRI ait attendu 25 jours pour une conférence téléphonique avec les partenaires sociaux du secteur… Essentiel dans les faits. Incontestablement. Pas dans l’esprit même s’il faut bien reconnaître et saluer depuis le début de cette crise la réactivité et la disponibilité des fonctionnaires de la DGTIM. Qu’ils soient ici remerciés.

Loin de nous l’idée de polémiquer. Mais pourtant, comme organisation professionnelle, au cœur de l’activité technocratique et de l’appareil d’État confronté aux troubles et conséquences de cette catastrophe sanitaire, n’y a-t-il pas un décalage entre la parole et les actes ?

Entre autre révélateur, et depuis 25 jours, on ne peut hélas que constater qu’aucun plan de continuité global n’avait été préparé ou élaboré par l’État pour garantir un fonctionnement des secteurs du transport routier et de la logistique en cas de crise majeure.

Tout ce qui s’est passé depuis ces 25 jours montre ou, plus exactement, a démontré une impréparation et une désorganisation du secteur sur le plan sanitaire et les moyens comme sur le plan administratif et les échéances réglementaires des permis FCO ou des contrôles techniques et autres… Il en est de même sur le plan organisationnel de la chaîne transport et du choix des priorités. Et même si dans cet entretien sur Radio Vinci Autoroute, le ministre annonce s’être emparé de ses questions en faisant sa première priorité, on ne peut que regretter que ce ne fut pas anticipé et après l’insistance des organisations professionnelles. Il faudra tirer les enseignements de tout cela et construire pour l’avenir un plan de continuité global pour le transport routier et la chaîne logistique. Les organisations professionnelles sont prêtes à y contribuer.

 

Essentiel, le transport ?

Stratégique même pour l’activité du pays ?  Alors pourquoi, au bout de 25 jours, n’avons-nous toujours pas d’échanges réguliers avec le ministère de l’Économie et des Finances à la différence notable de plusieurs autres filières qualifiées elle aussi de stratégiques ?

À l’aube du 25e jour, Bruno LE MAIRE n’a toujours pas eu d’échanges avec les représentants du transport et de la logistique sur le plan de relance. Les OP du secteur veulent y être associées. Dans une (longue) déclaration remise aux médias le 8 avril, les organisations professionnelles s’en sont inquiétées en demandant quatre mesures de soutien pour pallier à des trésoreries exsangues.

Ce qui est essentiel et stratégique doit être traité en priorité.

 

Philippe BONNEAU

 

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