Comme chaque semaine, cet édito est une occasion d’attirer l’attention sur l’actualité du transport routier. C’est le propre de l’expression d’une organisation professionnelle dédiée aux métiers de la route, du poids-lourd ou de l’autocar en passant par le transport léger, le VTC ou l’ambulance.

M’excuserez-vous ?

L’actualité professionnelle est encore riche cette semaine… Mais devant cette feuille blanche, je ne peux pas faire « comme si ». Exceptionnellement, j’écris-« je », abandonnant provisoirement le « nous » habituel qui sied à une communication collective engageant le collectif. Ce soir, je ne veux  m’impliquer, n’engager que mon ressenti. Je sais qu’il est partagé et que je ne prends pas beaucoup de risques d’être démenti par mon organisation professionnelle qui, légalement et statutairement, met au cœur de ses principes le respect des valeurs républicaines.

Je ne suis donc pas hors cadre.

Je ne peux taire l’émotion, pour ne pas dire la colère, qui m’étreint après l’assassinat de ce professeur, Samuel Paty.Il s’ajoute au martyrologe des victimes de ces fanatiques sanguinaires. Emotion et colère, inhibantes, qui m’empêchent instinctivement d’écrire sur un autre sujet. Comment évoquer autre chose quand, encore une fois, la barbarie s’exprime ? Quand elle nous éclabousse ? Comment cette cruauté, en pleine rue, à nos portes, devant une école ne peut-elle pas nous horrifier ? Et surtout comment se taire ?

Les mots sont faibles. Petits. Souvent limités. La rhétorique médiatique est parfois insupportable. Les discours des politiques, des « spécialistes » souvent convenus quand ils ne sont pas stigmatisants ou hors sujet, le sont tout autant. Et que dire de la fange anonyme des réseaux sociaux appelant à la haine dans des confusions de genres et d’histoire, souvent pathétiques ? Leurs auteurs s’apparentent eux-mêmes aux bourreaux incultes qu’ils veulent dénoncer, oubliant que la religion est un alibi. Evidence qu’il est bon de rappeler, parfois, pour éviter une forme de globalisation…

Samuel Paty est un nom de plus. Il s’ajoute aux anonymes du Bataclan et de ceux des terrasses de café massacrés un samedi de novembre 2015 ; à ceux plus connus de la rédaction de Charlie ; aux clients de l’hyper cacher ou aux policier-e-s assassiné-e-s à cause de l’uniforme qu’ils portaient ; aux badauds de la Promenade des Anglais un soir de 14 juillet...  

Samuel Paty, professeur des écoles allonge la liste hétéroclite -mais si caractéristique- de celles et ceux qui, au quotidien, « font » notre pays, en sont le creuset. Tous ils ont été tués, assassinés, massacrés, d’une rafale de kalachnikov ou sous la lame acérée d’un couteau comme l’agent de maintenance Frédéric Boisseau, le policier Ahmed Merabet, le chef d’entreprise, transporteur, Hervé Cornara, l’ecclésiastique Jacques Hamel, le médecin Elsa Cayat, l’officier de gendarmerie Arnaud Beltrame, l’employé-manutentionnaire Yohan Cohen, le cadre commercial à la retraite François-Michel Saada, le journaliste Mustapha Ourad …. Tant d’autres comme eux qui sont… nous !

Au-delà de la République et de ses valeurs, c’est l’humanité toute entière qui est atteinte. Et ce sont des crimes contre elle. Ils doivent nous rendre nécessairement solidaires, pour ne pas écrire alliés, de tous ces pays victimes de ce fanatisme aveugle. Nous partageons les mêmes valeurs que ces pays, ces États, soient des républiques ou des monarchies parlementaires. Et ces valeurs n’ont qu’un adjectif : humaines. Sans doute les mots magnifiques de liberté, d’égalité et de fraternité en sont-ils les déclinaisons citoyennes les plus abouties. Celles de tolérance, de savoir, de travail, d’unité et de solidarité en sont les compléments nécessaires.

Peut-être ces lignes font-elles sourire quelques-uns ou en font grogner d’autres. Elles n’ont pas pour ambition d’apporter voire d’évoquer des solutions à ce problème du fanatisme/terrorisme sanguinaire. Il gangrène notre pays depuis plusieurs années. Elles n’ont d’autre but, sans doute prétentieux, que de rappeler que nous sommes un peuple dont les piliers sont ces valeurs, rappelées plus haut. Et une organisation professionnelle en est aussi le héraut.

Ce ne sont pas que des mots. La première victoire de ceux qui veulent nous atteindre, nous détruire, serait précisément de nous le faire oublier…

L’émotion immédiate suscitée par cet acte odieux va passer. Nous reviendrons, ici, à nos préoccupations plus professionnelles. C’est la loi du genre. Notre raison d’être. Mais nous ne sommes jamais désincarnés du monde dans lequel nous vivons. Dire que cela ne nous concernerait pas, serait, là encore, une concession, une capitulation face aux terroristes !

Philippe BONNEAU
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