Lorsque mardi dernier le Chef de l’État annonçait une nouvelle période de confinement pour l’ensemble des français, une certaine stupeur habitait les uns et les autres. Il y a à peine un mois, nous étions loin d’imaginer le retour de cette mesure. 

Le souvenir des 55 jours du confinement du printemps (du 17 mars au 11 mai 2020) n’avait pas laissé, dans certaines mémoires, un souvenir extraordinaire… Ainsi en est-il des transporteurs en général et de leurs conducteurs en particulier.

On se souvient en effet des atermoiements des débuts de cette période. Dans les dispositifs réglementaires des commencements, nos édiles d’État avaient oublié la possibilité pour les conducteurs de se restaurer, ou encore de se laver, voire de se reposer sur les longs trajets qu’ils continuaient d’assurer pour que vive le pays. 

Rien. 

À l’époque la mobilisation énergique des organisations professionnelles dont l’OTRE avait contraint le gouvernement à revoir sa copie en édictant des mesures propres à permettre que des lieux comme les Centres routiers demeurent ouverts. Minimum de dignité mais aussi et surtout de confort de vie pour les conducteurs. Était-ce si complexe d’y penser ? Ou bien le transport n’est-il en haut lieu qu’une variable d’ajustement fiscale ou un exutoire écologique coupable ? 

Mais pire ! Dans le confinement, saison 2, celui de l’automne, on pensait la leçon si ce n’est apprise, à tout le moins retenue !

Eh bien, non ! Le même « oubli » a été, si l’on peut, mis en œuvre suscitant l’émoi, pour ne pas écrire la colère de toute la profession organisations patronales comme syndicales ! 

« Oubli », « Méprise », « Impéritie » … qu’importe. En tout état de cause on est encore une fois dans l’illustration d’une forme d’indifférence à l’égard du transport routier. Les mesures annoncées par le Premier ministre dès le lendemain des annonces présidentielles, ne prévoyaient en rien des mesures propres à assurer l’ouverture des centres routiers, des points de restauration et/ou des sanitaires le long des réseaux routiers concédés ou non. 

Et pourtant, les hommes et les femmes au volant d’un poids lourds assurent la continuité de toute l’économie du pays. Véritables artères, ils permettent de faire vivre le cœur de la nation. Comment peut-on l’oublier ? 

Qui s’en soucie sous les ors de la République ? Visiblement personne ! Pas plus notre ministre de tutelle que le Premier ministre se précipitant jusqu’à l’obséquiosité contenue pour remercier, dès mercredi soir, celles et ceux qui seront à la tâche pour et au service des autres. Et le locataire de Matignon d’énumérer un certain nombre de professions toutes aussi estimables les unes que les autres des personnels de santé aux chauffeurs de taxis… Mais des transporteurs, de leurs conducteurs, exposés autant sinon davantage que d’autres, il n’en fut pas question…

Rien.

On a déjà dit ici, au terme du précédent confinement, en mai dernier, que jamais aucun hommage n’avait été explicitement rendu aux routiers, chefs d’entreprise et salariés. Passe qu’on ne se précipite pas dans la rue ou à son balcon pour applaudir les conducteurs de poids lourds qui transportent tout ce qui est nécessaire à la vie ordinaire. Mais qu’à tout le moins, en haut lieu, leurs conditions de travail soient prises en compte !

Il est consternant que toutes les organisations professionnelles aient eu la nécessité de se mobiliser pour que soient respectés la vie et le travail de celles et ceux qui sont au service de leur concitoyens au volant de leur poids lourds ou de leur véhicule léger. 

Comme évoqué plus haut, les routiers sont, encore et toujours, au front. Une nouvelle fois. En première ou seconde ligne on s’en moque ! Ils sont là. Ils prennent aussi des risques. Ils se plient, sans sourciller, en entreprises comme sur les lieux de livraison aux protocoles sanitaires qu’on leur impose. Ils attendraient, en retour, à minima, considération et respect, pour ne pas dire l’expression d’une simple reconnaissance. Dans cet esprit, peut-être que « Messieurs les ronds-de-cuir » chers à Courteline, auraient pu penser qu’un conducteur ou une conductrice ont une vie : qu’ils mangent, se lavent, dorment… Au risque de provoquer et puisque ce pays aime, à profusion, les formules en anglais, plagions en l’adaptant, le slogan scandait dans les rues de Minneapolis, en juin dernier : « Truckers lives matter ! »

De temps à autre, il serait bien que, en haut lieu, on y pense un peu, non ?

Philippe BONNEAU

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