« Et maintenant, les difficultés commencent ! »

 

« Et maintenant, les difficultés commencent ! », la formule est célèbre : Léon BLUM la prononça au lendemain de la victoire du Front Populaire en 1936. Le contexte est différent. Totalement. Mais elle peut aussi s’appliquer à cette nouvelle période qui débute marquée par la fin du confinement… Le déconfinement progressif fait apparaître les difficultés auxquelles les entreprises en général et celles du transport en particulier, vont être confrontées. Elles ne sont pas de même ampleur selon le métier exercé. Les enquêtes hebdomadaires réalisées par l’OTRE auprès de l’ensemble de ses adhérents montrent de grandes disparités dans la reprise d’activité selon que l’on est dans le transport de personnes ou dans le transport de marchandises. Et pour ce dernier, il faut encore faire la part des secteurs selon que l’on est déménageurs, dans le TP ou l’agro-alimentaire, dans la benne ou la citerne, dans le conteneur ou le transport d’animaux vivants.

Dans le TRV, si l’activité scolaire a repris, ça n’est qu’au prix d’un transport de 50 % de passagers par rapport à la capacité totale du véhicule avec quelques incongruités que nous avons dénoncées (Cf. hebdo 771 de la semaine passée). Et l’on sait que les menaces s’accumulent pour les entreprises du TRV à l’activité essentiellement touristique.

Les difficultés commencent d’autant plus qu’avec le déconfinement arrive la fin progressive programmée des aides de l’État. Si les gestes barrières continuent de s’appliquer pour un moment encore sans doute, il va falloir assumer d’affronter seul la décrue et ce qu’elle va révéler. C’est vrai déjà en termes d’activité partielle.

Sur ce point, le gouvernement avait prévenu que la prise en charge complète du chômage partiel ne serait plus de mise à compter du 1er juin 2020. Le doute planait encore sur les modalités de désengagement de l’État. Il a été levé ce lundi 25 mai par le ministère du Travail. Il a annoncé dans un communiqué de presse que la prise en charge du dispositif par l’État et l’Unedic passerait de 100 % à 85 % de l’indemnité versée au salarié, dans la limite de 4,5 Smic. Pour les salariés, l’indemnité reste inchangée. Les entreprises, précise la ministre, seront ainsi remboursées de 60 % du salaire brut, au lieu de 70 % précédemment. Il est à noter, cependant, que les secteurs faisant l’objet de restrictions législatives ou réglementaires particulières en raison de la crise sanitaire continueront de bénéficier d’une prise en charge à 100 % du dispositif, comme prévu par le plan de relance pour le tourisme détaillé par Edouard Philippe le 14 mai dernier.

Les difficultés touchent aussi dans des domaines comme celui de la formation.

Ainsi le Conseil National des Professions de l’Automobile (CNPA) et la Fédération Nationale de l’Automobile (FNA) s’inquiètent ils  de l’employabilité des apprentis et par extension, de la capacité des entreprises à recruter et à garder leurs salariés. La réforme en cours de la formation est pointée du doigt par le CNPA, en ce qu’elle limite l’enveloppe disponible pour l’entreprise. Elle limite la capacité de former beaucoup de salariés et impose des avances de formation remboursées postérieurement. À l’heure même où les trésoreries sont affaiblies et les besoins de formation, essentiels à la relance, notamment celles qui concerne l’accélération de la digitalisation induite par l’expérience du confinement. Le CNPA et la FNA insistent sur la nécessité de revoir au moins provisoirement l’actuel dispositif.

Le gouvernement est sans doute conscient des problèmes. Mais il faut lui rappeler l’impossibilité qui se fait jour de traiter les questions d’un bloc et à l’identique. Les impacts violents de cette crise sanitaire sont uniques mais n’ont pas touché de la même façon l’intégralité des entreprises. Loin s’en faut.

Un adhérent du Transport de voyageurs nous l’écrivait encore la semaine passée :

« Il est certain que l’inquiétude est grande parmi nous. Nous ne sommes pas sûrs de passer ce cap (…), il faut pour le moment rester vigilants (…) Quand nous aurons tous les éléments en notre possession, quand toutes les décisions seront annoncées et si les arbitrages s’avéraient ne pas être à la hauteur de nos attentes, si vous en décidiez, nous pourrions alors massivement faire entendre notre désespoir. »

 Eh bien !  Il semblerait que les arbitrages pour le secteur voyageurs nous soient annoncés au sortir du Conseil des ministres du 10 juin prochain dans le cadre du troisième Projet de loi de finances rectificatif pour 2020. Après que le gouvernement nous ait laissés penser que nous avions été compris et entendus, il faut espérer que les annonces à venir soient à la hauteur des attentes…

À défaut, le désespoir risquerait fort de s’exprimer.

  

Philippe BONNEAU

 

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