Brexit et transport routier : le grand bond… en arrière !

 

Les chefs d’État et de gouvernement de 28 pays de l’Union Européenne se sont retrouvés cette semaine à Bruxelles. Une date est dans toutes les têtes : 29 mars 2019. Ce jour-là, les 28 seront 27. Le basculement du Brexit.

À cette date, très précisément, pour les transporteurs européens, (britanniques en tête !), ce sera un saut en arrière de… 45 ans. Les frontières seront rétablies. Les règles qu’elles engendrent aussi avec son lot de droits et taxes bien sûr, mais surtout de tracasseries administratives tous azimuts. Ainsi l’a voulu démocratiquement le peuple britannique.

 

Quel est l’enjeu ?

Les relations commerciales entre la France et son partenaire d’Outre-Manche, représentent chaque année, selon les chiffres du ministère de l’économie, un excédent commercial annuel de près de 11 milliards d’euros, avec des importations qui baissent d’année en année et des exportations qui, à l’inverse, ne cessent de progresser. Les produits achetés par le Royaume-Uni à la France annuellement représentent une masse d’échanges en progression de deux milliards par an, avec toutes les conséquences qui en découlent pour l’activité des plateformes logistiques (le e-commerce est l’un des principaux facteurs explicatifs de cette hausse des exportations de produits français vers l’Angleterre) et des entreprises de transport à l’international, sur la route et transmanche.

Or, la préparation de la période qui commencera dès le 30 mars 2019 au matin est essentielle. La négociation d’un espace de circulation des marchandises comme des personnes comme il existe entre la Norvège et la Suisse avec l’UE est problématique.

Selon le résultat, on parle déjà de « hard Brexit » qui prône une indépendance totale vis-à-vis de Bruxelles et de ses contraintes tandis que le « soft Brexit » tenterait de négocier un maintien des avantages offerts par le marché unique européen, quitte à faire des compromis sur la libre circulation des personnes…

Forcément victimes collatérales, les entreprises de transport routier et les prestataires logistiques !

À partir du 30 mars 2019, les transporteurs devront présenter des documents obligatoires comme ils le font pour les pays non membres de l’UE. En particulier, les licences communautaires délivrées aux transporteurs de l’UE ne seraient plus valables, ce qui signifie des démarches beaucoup plus longues. S’ajoute les autorisations CEMT (Conférence européenne des ministres des transports) pour circuler dans l’UE. Cette autorisation donne aux entreprises la possibilité d’effectuer des transports internationaux entre les pays signataires (qui regroupent, outre des pays de l’OCDE, de nombreux États d’Europe de l’Est et du Sud). L’obtention de ces autorisations ne constitue pas un droit légal. L’autorisation, à remplir avant le départ, doit pouvoir être fournie pour chaque voyage – avec ou sans chargement.

Les formalités de douanes nécessitent notamment pour les zones portuaires de la Manche (la mer la plus fréquentée du monde !) des investissements importants pour la mise en place de structures de contrôle sans évoquer même les personnels douaniers adéquates à ces opérations de vérification. Et l’on évoque déjà des temps d’attente importants pour les camions… Des inquiétudes manifestées par les exécutifs régionaux des ports normands ou des nordistes. Inquiétudes relayées par les OTRE sur les territoires concernés comme à Douvres, Calais ou au Havre et à Cherbourg. Une préoccupation partagée aussi par les logisticiens nécessairement impactés.

Tout reste à faire d’autant que les ports de la mer du Nord, semblent eux, mieux adaptés encourageant les frets maritimes vers la Belgique, les Pays-Bas ou l’Allemagne au détriment des ports français de la Manche et donc au préjudice des transporteurs de l’hexagone.

La proximité de l’échéance, le risque d’un « Brexit dur » incite l’OTRE à la prudence. Même s’il semble que la Commission ne soit pas favorable à une indulgence particulière à l’égard du gouvernement britannique, il serait nécessaire que le retour des opérations de douanes entre l’UE et le Royaume-Uni soit assorti d’une période transitoire plus ou moins longue après le Brexit. Cette période de transition permettrait, au mieux, aux transports français de s’adapter au futur système…

Dans ce dossier comme dans beaucoup d’autres, il faut être convaincu de ce qu’écrivait Edgar MORIN « À force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel »

On aimerait que l’essentiel soit préservé et les transporteurs pas sacrifiés…

 

Philippe BONNEAU

 

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