Depuis quelques éditos, le sujet est récurrent : la dénonciation de la concurrence déloyale et du dumping social auxquels le pavillon routier français, et plus particulièrement les PME, doit faire face. Si cette lutte contre la concurrence déloyale européenne est dans l’ADN originel de l’OTRE qui la dénonçait déjà dans son manifeste de 2002, son intrusion sur le marché intérieur n’a jamais semblé aussi forte, et les transporteurs le ressentent de la sorte. C’est d’ailleurs les conclusions du sondage de l’Alliance pour le transport routier que nous avions évoqué la semaine dernière.

Pourtant au quotidien, noyée dans la circulation du million de camions et autocars sur nos routes cette concurrence passe discrètement, très discrètement aux yeux de l’opinion publique qui ne la décèle pas, et elle ne fait jamais la « Une » des journaux nationaux. Seulement, elle est là au quotidien… Trois faits divers de ces dernières semaines traités comme tels dans les journaux et non comme une information de première page sont l’exemple même de cette infiltration au quotidien. Laissez-moi vous les relater !

Le premier de ces faits divers s’est déroulé en Lorraine à la mi-janvier. Le Républicain lorrain rapportait alors le contrôle inopiné du peloton CRS autoroutier Lorraine qui avait abouti à une amende record de 23 715 € !!! Pour une fois, le camion et son conducteur en infraction n’étaient pas d’Europe centrale ou de l’Est mais Italien. Double carte de conducteur pour un seul présent, fausse attestation de repos du patron et 32 contraventions aux temps de conduite et de repos. Le gaillard avait l’habitude de conduire 17 heures par jour… Merci le hasard car sinon on aurait parlé de ce camion à la rubrique accident de la route avec des morts et des blessés à la clé.

La seconde « anecdote » est encore plus caractéristique de cette concurrence quotidienne. Elle se passe à l’autre bout de la France, du côté d’Artix dans mon Béarn natal, au pied des Pyrénées. C’était le 20 février dernier, le quotidien local titrait dans un article du milieu de son numéro du jour « Deux chauffeurs roumains stakhanovistes » et rapportait que, là encore, nos deux « amis » n’avaient pas respecté plus de trois heures de repos en trois jours chacun… ils circulaient en binôme pour leur patron roumain. Après avoir acquitté 4 500 € d’amende et respecté les 11 heures de repos légal, ils sont repartis… j’aimerais savoir quelle entreprise française qui serait ainsi en infraction n’aurait eu que 4 500 € d’amende à acquitter et rien de plus !!!!

Enfin, le troisième fait divers est plutôt une action. Une action initiée par l’OTRE Bretagne le week-end dernier. Fatiguée et irritée de voir la DREAL Bretagne ne rien contrôler, elle a décidé d’organiser un recensement des camions étrangers sur les aires de stationnement de toute la région pendant le week-end.
Résultat ? Exactement 691 camions sur une vingtaine d’aire de repos qui ne respectaient pas la législation sur le repos hebdomadaire hors cabine ! Pour l’écrasante majorité des camions et conducteurs des pays de l’Est, à commencer par la Pologne. Et toujours aucun contrôle…

Je rajouterai qu’au 1er janvier l’OTRE Île-de-France avait aussi fait constater par huissier la présence de plus de 300 poids lourds du transporteur hongrois Waberer’s, sans que cela n’affecte quiconque parmi les autorités, ni la presse qui n’en avait pas fait écho.
Ces histoires ne sont pas isolées. Ces (mé)faits sont constatés tous les jours par les transporteurs français qui voient leur prix chuter, quand ce n’est pas la perte pure et simple de leur client ou de leur entreprise. Tout cela organisé par des donneurs d’ordres avides de prix toujours plus bas.

Tout cela constitue les grains et les raisons d’une colère qui monte dans le transport routier français. Et vous le comprendrez aisément.
Si ce n’est pas le cas, le reportage planifié dans l’émission Cash investigation du 22 mars prochain, à l’ouverture du SITL (salon international du transport et de la logistique de Paris) et auquel l’OTRE a activement participé, vous permettra de saisir l’ampleur du mal et de la colère qui l’accompagne.

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