Le premier budget du quinquennat MACRON doit concilier les vastes baisses d’impôts promises pendant la campagne présidentielle avec une réduction du déficit public. Un casse-tête pour le ministre de l’économie et le ministre du budget. Pourtant en ce qui concerne le transport routier, il apparaît que les projets ont déjà pris corps quitte à ce que les acteurs économiques du routier soient ou deviennent la variable d’ajustement… quitte à se faire plumer !

Qu’on en juge par deux exemples.

Le projet de loi de finances pour 2018 (PLF 2018) intègre la hausse (+ 10 %) de la taxation du diesel de 7,6 centimes et celle de l’essence de 3,9 centimes. « J’annoncerai un plan d’accompagnement de l’industrie du diesel et des sous-traitants de la filière diesel d’ici la fin de l’année pour que les milliers d’emplois qui sont concernés puissent être accompagnés et ne subissent pas cette augmentation de fiscalité », a précisé le ministre de l’économie, Bruno LE MAIRE, lors de son audition devant la Commission des finances de l’Assemblée nationale, le 27 septembre. Certes, nous comprenons l’intention du ministre pour faire en sorte que la profession du transport routier notamment ne soit pas impactée. Mais il est évident que le niveau de récupération de cette fiscalité va considérablement impacter la trésorerie des entreprises ! L’OTRE insiste clairement dans ces conditions à la mise en place d’un gazole professionnel. La réflexion pourrait s’articuler concrètement par la mise en service de pompes poids lourds identifiées qui distribueraient aux professionnels du gazole détaxé.

Le ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas HULOT, a par ailleurs expliqué que ce rattrapage des taxes serait étalé sur quatre ans. Pour lui « l’écotaxe sur les poids lourds ne reviendra pas ». Mais « différents ministères réfléchissent à une stratégie d’ensemble pour diminuer le fret routier ».

Voilà la profession prévenue !

Second exemple tiré du projet de loi de finances 2018 qui n’est pas sans poser de nombreuses questions : celui relatif à l’augmentation des recettes des contrôles radars. L’augmentation du nombre de radars automatiques et des contrôles (via notamment leur externalisation) avait eu une première incidence budgétaire dans le PLF 2017 : le plafond des recettes avait alors été relevé de 419 à 429 millions d’euros. Dans le budget 2018, la progression est plus spectaculaire encore : le plafond passe à près de 480 millions d’euros ! L’intégralité de cette hausse est affectée au financement du « contrôle automatisé », qui bénéficiera de 308 millions d’euros contre 249 en 2017… L’excédent de recettes (au-delà du plafond précité) sera versé aux trois bénéficiaires que sont l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (Afitf), les collectivités locales et le désendettement de l’État. Cet excédent ne diminuera pas assure Bercy, confiant dans la « dynamique » du volume d’amendes infligées aux usagers de la route. L’OTRE a déjà vigoureusement manifesté son opposition à l’externalisation des opérations de contrôles. « Externalisation des opérations… » La litote signifie en claire l’intervention d’entreprises privées financées par les contribuables, des chasseurs de primes dont l’intérêt sera donc d’assurer cette « dynamique » du volume des amendes !

Une fois de plus les métiers du transport routier se retrouvent mis à contribution financièrement et vont supporter une politique de sanctions qui risque de devenir digne d’un scenario de western quand il ne sera pas celui, injuste, de la double peine pour les conducteurs routiers…

Philippe BONNEAU
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