Le 22 mars dernier, l’association TDIE (Transport Développement Intermodalité Environnement) a organisé un grand débat sur les transports en présence des représentants des cinq principaux candidats à l’élection présidentielle. Ils ont, notamment, évoqué trois dossiers importants pour le secteur des transports routiers quel que soit le métier des professionnels de la route

Premier sujet, l’écotaxe. Le débat renaît à la faveur de cette élection présidentielle. « Son abandon représente un manque à gagner de sans doute 2,5 à 3 milliards d’euros par an, et elle aurait contribué au report modal », assure ainsi Dominique BUSSEREAU, partisan affiché d’une renaissance de l’écotaxe nationale ou d’écotaxes régionales. Ces dernières sont également évoquées chez Benoît HAMON. L’écotaxe nationale et une taxe kilométrique pour les poids lourds étrangers : tel est le volet fiscal du programme de Jean-Luc MÉLENCHON. Emmanuel MACRON a déjà déclaré qu’il ne rouvrirait pas le sujet de l’écotaxe : pour lui il faut reprendre ce dossier avec l’euro vignette. Par ailleurs, il plaide pour une taxe carbone évoluant progressivement jusqu’à 100 euros la tonne.

L’alternative au diesel est le deuxième sujet évoqué lors de ce débat. Le gazole est quasi unanimement dénoncé mais avec des nuances entre les candidats : pour Benoît HAMON, Christine REVAULT D’ALLONNES-BONNEFOY défend l’idée d’une interdiction d’ici à 2025. Laurent COURTOIS, pour Jean-Luc MÉLENCHON, entend progressivement sortir du diesel, mais sans échéance, et en commençant par l’arrêt des allègements fiscaux sur les flottes d’entreprise.  Arnaud LEROY au nom d’Emmanuel MACRON promet un alignement de sa fiscalité sur celle de l’essence sous cinq ans. Dominique BUSSEREAU, pour François FILLON, est moins pressé. « Il faut y aller mollo », a-t-il indiqué, justifiant son point de vue par la proportion importante de ménages modestes et ruraux possesseurs de véhicules diesel. C’est aussi l’argument de François DE VOYER, représentant de Marine LE PEN, qui n’évoque pas d’alignement fiscal.

Tous les candidats, en revanche, promettent d’aider à l’acquisition de véhicules moins polluants, à l’implantation de stations de ravitaillement de carburants alternatifs, et à la recherche sur les motorisations nouvelles. Marine LE PEN défend l’hydrogène, dont l’adaptation au monde du poids lourd semble cependant assez lointaine. Du côté de Benoit HAMON, on insiste sur l’intérêt du gaz et du biogaz, bien développé chez certains de nos voisins. De la même façon chez Emmanuel MACRON où l’on met en exergue les efforts qui devront être consentis par tous les constructeurs dans le cadre de la politique de R&D. François FILLON et Jean-Luc MÉLENCHON défendent des positions semblables avec un engagement écologique très fort pour le second.

C’est incontestablement sur les questions européennes que se marquent très concrètement les différences. Le prochain chef de l’État et sa majorité gouvernementale devront poursuivre la discussion sur le paquet routier européen. C’est en mai 2017 que le projet sera présenté par la Commission européenne. Pour la députée européenne Christine REVAULT D’ALLONNES-BONNEFOY : « les pays de l’Est souhaitent que la directive sur les travailleurs détachés ne s’applique pas au secteur des transports ». L’actuel gouvernement s’y oppose. Outre Benoît HAMON, c’est aussi la position des représentants de MACRON et de FILLON : bien qu’il faille l’améliorer, ne plus appliquer la directive sur les travailleurs détachés signifierait un dumping social total. Du côté de Marine LE PEN et Jean-Luc MÉLENCHON, toutes ces questions légitiment leur opposition à toute supranationalité dans le domaine du transport comme dans le reste.

On ne peut que se féliciter de l’organisation de ce débat même si, en exergue, il met en évidence l’impression d’une forme de préoccupations relatives pour les questions du transport routier chez les candidats à la présidentielle. Dans ce contexte, on peut regretter deux choses : d’abord que les organisations professionnelles de la branche aient préféré afficher des divisions plutôt que d’accepter l’invitation de notre présidente d’une rencontre commune avec les candidats à la présidentielle ; ensuite que le secteur que nous représentons n’ait pas de la part des candidats les mêmes attentions que l’agriculture par exemple. A-t-on observé la présence de candidats au SITL de la Porte de Versailles  du 14 mars dernier ? Aucun. Pourtant en raison des enjeux environnementaux, économiques, sociaux voire européens que la branche transport et logistique représente, on s’attendrait à davantage d’efforts… Enjeu de recettes fiscales pour les uns, pollueur invétéré pour les autres, le transporteur routier de personnes ou de marchandises ne mérite pas ce peu de considération alors qu’il est un acteur économique et social majeur.

PhB
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