Discours de Jean-Pierre MORLIN, Président de l'OTRE - Congrès du 05 mars 2005 à Poitiers Futuroscope
DISCOURS DE JEAN-PIERRE MORLIN PRESIDENT DE L’OTRE CONGRES DU 5 MARS 2005 A POITIERS FUTUROSCOPE Chers amis, Merci à tous d’être une fois de plus fidèles au rendez-vous, malgré les nombreuses difficultés du moment, qu’elles soient économiques ou climatiques, une pensée particulière pour tous ceux qui n’ont pas pu nous rejoindre. Vincent, merci pour ton accueil et tout le travail que tu fais avec ton équipe pour les transporteurs de la Région Poitou Charentes. Merci à Monsieur Christian PROVILLE Contrôleur général du travail des transports, représentant Monsieur François GOULARD, Secrétaire d’Etat aux transports et à la mer, pour sa présence tout au long de cette journée. Monsieur le Contrôleur général, les transporteurs et moi-même vous mandatons à notre tour pour exprimer auprès de notre ministre de tutelle, tout le désarroi de notre profession tel que vous l’avez entendu durant nos travaux. Lors d’un congrès, il est de tradition que le président d’une organisation professionnelle s’adresse au ministre des transports, pour le sensibiliser à tous les problèmes conjoncturels qui se posent à la profession. Il est aussi de tradition que le dit ministre soit absent de notre congrès …, Je ne dérogerais pas à la coutume. Monsieur le Ministre mes propos s’adresseront donc à vous. La transposition de la directive européenne sur les temps de travail, aurait du nous permettre un rapprochement des conditions d’exploitation par rapport au reste de l’Europe et ainsi, permettre des gains de productivité. Hélas, les aménagements proposés par le projet de décret nous éloignent encore plus des normes du transport routier européen. Le montant de remboursement de la TIPP que vous n’avez pas su négocier avec vos collègues européen, c’est des charges supplémentaires pour les entreprises et un écart toujours plus grand avec nos concurrents européens. La taxe professionnelle est un impôt franco français qui a lui seul représente 2 à 3 % de notre chiffre d’affaire et donc d’écart avec nos concurrents européens. Le chronotachygraphe numérique et sa mise en place anticipée est encore une distorsion de plus imposée aux entreprises qui en assumeront seules la charge. L’augmentation du coût des autoroutes, on parle de 20 à 25 % en plus pour les entreprises, pensez-vous que nous ayons, seuls, les moyens de supporter financièrement les autres modes de transport déficitaires ? Nous étions d’accord avec le transfert au secteur privé du contrôle technique, à charge financière égale pour les entreprises. Ce n’est pas le cas, loin de là. De plus, l’impossibilité actuelle d’obtenir des rendez-vous de visite, nous contraint à laisser circuler des véhicules non vérifiés. Le développement massif des enchères inversées, c’est la légalisation de méthodes moralement malhonnêtes, voire mafieuses sur lesquelles l’état tarde vraiment à réagir et à légiférer. Il est vrai qu’elles sont pratiquées par des sociétés érigées en fleuron de notre économie nationale. Monsieur le Ministre nous comptons sur vous pour leur faire parvenir le guide de bonne conduite que vous avez rédigé et que nous les transporteurs avons bien reçu. Nous avions applaudi à votre première approche du problème persistant du cabotage sur notre territoire. Malheureusement, le Conseil d’Etat a cassé le texte initial. Nous sommes dans l’attente de mesures concrètes et efficaces pour enrayer cette concurrence anarchique sur notre propre marché national. Nous vous avions proposé de suspendre le cabotage pour une durée déterminée tel que prévu par les textes européens, puisque notre marché intérieur est fortement perturbé. La liste des problèmes conjoncturels rencontrés par la profession ne s’arrête pas là. Mais nous savons, vous, comme moi, que le mal est bien plus profond, qu’il en va aujourd’hui de la survie ou de la mort de tout un secteur d’activité, jadis en développement et créateur d’emploi. C’est de cela dont je veux vous parler aujourd’hui … Monsieur le Ministre, les tables rondes de cet après-midi et le débat national autour de l’adhésion à la Constitution européenne, nous ramène, s’il en était besoin, à l’importance, sur le plan social, fiscal, réglementaire et économique, que l’Union européenne a sur notre secteur d’activité. Les transporteurs ont toujours soutenu l’idée d’une Europe sans frontière, c’est eux qui assurent chaque jour la mission vitale d’acheminement des flux issus de l’économie nationale et européenne. Comment ne pas rêver de faciliter les échanges ? Comment ne pas souhaiter circuler à l’étranger comme chez soi ? Comment ne pas apprécier l’élargissement de notre rayon d’action ? La France, par sa position géographique, avait naturellement tous les atouts pour rester le leader européen du transport routier de marchandises. Malheureusement, la France est en train de laisser passer sa chance. Au lieu de devenir le Hubb du transport routier européen, elle devient un simple tunnel de transit. Nous sommes les avant derniers de l’Europe des transports, devant la Grèce, pays essentiellement à vocation maritime. Des pays tels que le Luxembourg ou la Belgique ont un pavillon routier nettement plus performant que le nôtre. En international, notre solde transport est de plus en plus déficitaire, il se répercute sur l’équilibre du marché intérieur, alors même que le cabotage est un facteur aggravant. Ce secteur a-t-il pour autant démérité ? NON N’est-il pas reconnu à travers l’Europe pour le niveau de formation de ses salariés, et en conséquence, de sa sécurité ? Ne s’est-il pas remis en question et responsabilisé en 1994, en signant le contrat de progrès ? Ne s’est-il pas démarqué par sa qualité de service, sa progression constante sur le plan technique aussi bien que logistique ? En résumé, nous n’avons pas démérité. Nous n’avons pas mal géré nos entreprises, et nous avons su anticiper. Nous avons fait tout ce qui était humainement possible, et, si souvent, bien au delà. Alors la faute revient-elle à l’Europe ? OUI En partie, car elle a voulu libéraliser un marché, sans en harmoniser les règles. De fait, elle n’a pas été ni assez vite, ni assez loin. Mais l’Europe, ce n’est jamais qu’une union d’Etats membres. Alors, cette situation est-elle de la responsabilité de l’Etat français ? OUI Les problèmes du transport routier français ne sont pas dus aux niveaux mais aux écarts sociaux, fiscaux, réglementaires qui provoquent des distorsions de concurrence insupportables. Ces écarts pouvaient être réduits par des mesures à l’échelon français, et par une défense active et efficace à l’échelon européen, d’autant plus que la France se veut le moteur de la construction et de l’unité européenne. Il est de la responsabilité d’un Etat de veiller au respect des règles économiques équitables, pour un marché concurrentiel loyal. A deux reprises, l’Etat français s’est solennellement engagé à opposer son veto à l’ouverture des frontières, sans harmonisation préalable. Mais en même temps, il nous a entraîné dans une voie sans issue. Monsieur le Ministre, l’état que vous représentez, n’a pas respecté ses engagements. De plus, toutes les mesures prises, même tout récemment par vous, continuent à accroître les écarts et donc aggrave le déclin de notre pavillon. Mais, l’Etat français est il seul responsable de la situation dramatique dans laquelle se débattent nos entreprises ? NON. Reconnaissons que cette politique a été non seulement acceptée mais également cogérée par des représentants de la profession déconnectés des réalités du terrain, qui ont longtemps minimisé l’importance des difficultés structurelles de notre secteur. Il a fallu attendre notre mouvement HEXAGONE de novembre 2004, pour que l’ensemble des organisations dites institutionnelles valide la pertinence de notre constat. Monsieur le Ministre, l’OTRE a très tôt analysé cette situation et proposé des solutions. Elle a très vite compris que le Transport routier de marchandises ne pouvait être sauvegardé par une défense statique du type « ligne Maginot » mais par une défense réactive afin de retrouver sa compétitivité. Toutes les tentatives de développer des protections économiques sont louables, mais dépourvues d’efficacité, Monsieur le Ministre ! C’est pourquoi, j’ai voulu essentiellement insisté sur le problème fondamental qui se pose aujourd’hui. Les faits sont têtus, l’économie encore plus ! Une entreprise non compétitive meurt… Monsieur le Ministre, nous sommes nombreux dans cette situation. Dès lors, il est compréhensible qu’un certain nombre d’entreprises soit tenté par la délocalisation. Mais les transporteurs et citoyens que nous sommes, pensent avoir le droit de vivre et d’exercer leur activité dans leur pays, la France. Monsieur le Ministre, donnez nous en les moyens ! L’O.T.R.E. réclame à nouveau des états généraux du transport pour y parvenir. Elle souhaite que personne ne soit lésé, mais pour ce faire les entreprises doivent être sauvées. Si aujourd’hui, les transporteurs sont devenus méfiants, à toute innovation au plan européen, comme l’adoption d’une Constitution, n’est-ce pas en raison de ces différences de traitements ? Pourquoi voter pour plus d’Europe, si celle-ci entraîne le dumping social et fiscal, à l’origine de la mort de nos entreprises et de la perte de nos emplois. Nous ne demandons qu’à être convaincus. Expliquez nous ! Démontrez nous que nos difficultés vont réellement et rapidement être prises en compte et solutionnées. Monsieur le Ministre, votre gouvernement doit oser défendre notre pavillon ou bien avouer qu’il veut le saborder. Doit on interpréter la défection de tous les représentants politiques de la nation invités et votre absence délibérée à notre congrès, comme la confirmation de ce sabordage inéluctable ? Mais n’oublions pas que chaque camion français supprimé sur nos routes est remplacé par un camion battant pavillon étranger et parfois de complaisance. Monsieur le Ministre, votre gouvernement, comme il projette de le faire pour le transport maritime, doit oser créer un pavillon routier bis sans attendre. N’oubliez pas, tout est question d’écart et non pas de niveau. Osez nous remettre dans la course, osez nous remettre à égalité avec nos confrères européens, osez l’harmonisation, cela coûtera moins que vous ne le craigniez. Sans entreprise … pas d’emplois … pas de recettes. Monsieur le Ministre, permettez nous de délocaliser nos entreprises…… en France !
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