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  OTRE : De l'ombre à la lumière

OTRE
De l’ombre à la lumière

Depuis sa création, ses congrès étaient confinés à l’isolement dans le grand Sud qui a vu ses premiers pas en politique. Cette année, ô miracle, l’OTRE fait partie des organisations professionnelles qu’il est de bon ton de fréquenter. Et voilà les « cousins de province » en odeur de sainteté !
Le sans faute de son dernier congrès tenu, il y a quelques jours à Toulouse, a donné le sourire à Jean-Pierre Morlin : le président de l’OTRE affichait sans complexe sa satisfaction d’avoir pu accueillir près de 500 transporteurs dans la Ville Rose pour le quatrième anniversaire de la plus jeune fédération professionnelle routière. Il pouvait surtout savourer le plaisir de se voir enfin reconnu par les pouvoirs publics et par ses pairs (en dehors de la FNTR, l’ancien grand amour devenu ennemi numéro un). Autant de batailles sur tous les fronts pour en arriver à voir la chaise réservée au ministre de tutelle enfin occupée et pour serrer quelques mains supplémentaires. Le combat ne fut donc pas vain !
L’art de devenir fréquentable
Les esprits chagrins rétorquent que, de ministre, il n’y en a eu point, Dominique Bussereau ayant délégué l’inspecteur général Alain Gouteraux pour le représenter sous prétexte d’ « obligation de réserve en cette période électorale » (ladite obligation ne jouant sans doute point tous les jours, puisque le secrétaire d’état inaugurait quelques jours plus tard un salon consacré au transport à Villepinte). Ils auront aussi noté que seul le président de l’UPR, cette nouvelle confédération née du rapprochement de l’OTRE, de l’UNOSTRA, de l’AFTRI et de TLF, les deux organisations ayant préféré se faire représenter par son délégué général pour l’AFTRI, son délégué « Route » pour la rue Desnouettes.
La bataille contre l’indifférence se serait-elle soldée par une victoire à la Pyrrhus ? En fait, l’OTRE a mis le pied dans une porte, jusqu’à maintenant cadenassée à double tour. Dans la quête de reconnaissance, entreprise dès sa création, en février 2001, elle voit sa ténacité commencer à payer. Depuis les premiers pas, sur fond d’accent gaullien pour réclamer la parole, l’organisation s’est policée et a surtout fait preuve d’un grand sens politique : « l’infréquentable », que seule l’AFTRI avait osé accueillir parmi ses membres a joué des coudes pour accéder à la cour des grands, quitte à profiter des rivalités tribales. Elle a actionné tribunaux administratifs et Conseil d’Etat pour obtenir gain de cause sur le terrain, organisé des manifestations en camions pour appuyer sa demande d’être reçue par le Ministre, tenu compte du contexte pour agiter la menace du boycott des élections si sa voix n’était pas entendue. Elle a surtout versé sa rancœur au pot commun de l’inimitié ressentie par les autres fondateurs de l’UPR pour le « petit Satan » FNTR.
Le succès de la transparence
Voilà comment, en un an, on passe de l’ombre à la lumière sans oublier sa motivation politique première : sauver le pavillon français. Derrière les querelles microcosmiques, il y a pour l’OTRE la volonté de pousser l’harmonisation sociale et fiscale sans oublier d’autres dossiers égrenés par Jean-Pierre Morlin : la régulation du cabotage, la prise en compte des plus-values latentes dans la capacité financière, l’énoncé de critères « objectifs » dans l’honorabilité professionnelle, la fin de l’insécurité sur les aires de repos, l’uniformisation des règles de contrôle, sans oublier un coup de patte aux enchères inversées pratiquées par certains gros chargeurs, « nouvelle arme de destruction massive de nos entreprises et de la sécurité sur nos routes ».
Des préoccupations pratiques relayées par les adhérents le matin même, sollicités pour choisir des thèmes de débat, proposer leurs solutions et poser des questions en toute transparence. Voilà une pratique assez peu usitée dans les congrès de transporteurs – hormis à l’UNOSTRA – qui ne demande pourtant qu’à se développer, tant elle prouve un esprit participatif et une légitimité portée par la base. De vrais beaux fondements, en somme, qui scellent sur le terrain la montée en puissance au plan national.

Nathalie GRANGE
Bulletin des Transports et de la Logistique