Discours de Monsieur MORLIN, Président de l'O.T.R.E.- Congrès du 06 mars 2004
Discours de Jean-Pierre MORLIN Président de l’OTRE Congrès du 6 mars 2004 à Toulouse-Labège Chers amis, C’est à tous nos confrères absents que je voudrais m’adresser en premier lieu. Absents parce que leurs entreprises de transport routier, petites, moyennes ou plus importantes, n’ont pas survécu à une crise structurelle de notre secteur sans précédent. Nous l’avions annoncé, 891 entreprises ont fermé leur porte au premier semestre 2003. Vous, qui êtes présents, sachez que votre participation nombreuse tout au long de la journée, témoigne de votre volonté de ne pas baisser les bras et de nous accompagner dans notre combat pour la survie d’une branche d’activité que nous voulons vivante et prospère. Aujourd’hui, je suis un Président heureux, cette chaise restée pendant trois années vide, est désormais occupée. Monsieur GOUTERAUX, je vous remercie de votre présence. Nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises et j’ai pu apprécier votre écoute à nos problèmes et ce, depuis la création de l’OTRE. Je suis donc, Monsieur l’Inspecteur Général, très satisfait du choix de Monsieur BUSSEREAU pour le représenter à notre congrès. Le protocole est enfin respecté. J’ai le plaisir par votre intermédiaire, de m’adresser à Monsieur le Secrétaire d’Etat aux Transports et à la Mer. Monsieur BUSSEREAU m’a fait connaître son regret de ne pouvoir être parmi nous, du fait de son obligation de réserve en cette période électorale. Monsieur le Ministre, Nous nous sommes enfin rencontrés, le lundi 23 février 2004. Cette réunion de travail tant attendue par les chefs d’entreprise des P M E du transport routier de marchandises a permis la normalisation des relations que nous connaissons aujourd’hui, entre le Ministère des transports et l’OTRE. Dès sa création, l’OTRE s’est donnée pour mission, la réelle défense du pavillon routier français. Février 2001, à CARCASSONNE, c’est l’effervescence autour de la naissance de notre organisation. Février 2002, à TOULON, c’est un travail de fond avec l’ensemble des transporteurs. Nous avons présenté le manifeste de l’OTRE, il définissait la politique professionnelle que nous allions défendre. Les travaux préparatoires à ce document, menés par les chefs d’entreprise ont révélé la gravité de la crise structurelle de notre profession. J’ai donc lancé l’appel : Sauvons le pavillon routier français. Février 2003, à BORDEAUX, je clôturais les travaux de notre troisième congrès en réclamant l’union de tous les acteurs de notre profession, et en appelant à la tenue d’états généraux du transport routier. Cet appel de l’OTRE a été entendu par les professionnels, et par la grande majorité des fédérations : AFTRI, TLF et UNOSTRA. Ensemble, nous avons travaillé à l’élaboration d’un plan de sauvegarde. Cette plate-forme en 16 mesures, dévoilée à la presse le 26 juin 2003, a démontré et, ceci pour la première fois dans l’histoire du transport, qu’au-delà de nos « différences », nous avions la volonté et la capacité de nous rassembler afin d’agir et de sauver nos entreprises. Ce plan doit permettre d’interrompre le déclin du pavillon routier français, en apportant des réponses concrètes et rapides, à la crise structurelle du secteur. Un rattrapage économique de nos entreprises par rapport à nos concurrents européens est indispensable. L’Union des quatre fédérations a permis quelques résultats : - la suspension par le gouvernement de la taxe kilométrique sur les poids lourds, - la création d’une agence pour l’affectation des fonds aux infrastructures, - la promesse de Bercy de constituer un groupe de travail sur une réforme de la taxe professionnelle dans le TRM, - le report de la réforme CAPLIS. En résumé, Monsieur le Ministre, 2003 a bien été l’année du sursaut de notre profession. Malheureusement, nous n’avons été que très faiblement entendus, si ce n’est par la nomination d’une mission parlementaire confiée à Monsieur HILLMEYER. Vous conviendrez avec moi que l’urgence et la gravité de la situation n’ont pas été assez prises en compte. Les professionnels, à travers l’AFTRI, l’OTRE, TLF et l’UNOSTRA ont quant à eux montré leur volonté d’agir. La création de l’Union des Professionnels de la Route (UPR) est leur réponse et ensemble nous représentons 80 % de la profession. J’en profite pour saluer chaleureusement mon confrère et ami Monsieur Jean-Paul GRARD, Président de l’UPR. 2004 doit être l’année du rebond pour l’ensemble de nos entreprises. L’état de santé économique du secteur est toujours aussi alarmant et ne cesse de s’aggraver : forte augmentation des fermetures d’entreprises, baisse sensible des créations. Pour la première fois, notre profession n’a pas créé d’emploi en 2003. Le pavillon routier français a perdu 15 % de parts de marché en trois ans dans une Europe à quinze. Qu’attendre d’une Europe à 25, sans harmonisation sociale et fiscale ? AGISSONS, Monsieur le Ministre ! Les solutions concrètes à nos difficultés sont connues et explicitées dans la plate-forme de mesures défendues par l’Union des Professionnels de la Route. Le Comité interministériel réclamé par l’UPR, le 27 janvier 2004, doit être réuni d’urgence. le temps passe vite et pour certains d’entre nous, il est déjà trop tard. Nous avons bien noté que les travaux sur la transposition de la directive européenne sur le temps de travail des salariés mobiles du transport par route en droit français vont s’engager très rapidement. Il en va de même des conditions d’une récupération de la TIPP à partir de janvier 2005. Nous nous félicitons de l’ouverture de ces dossiers, et vous réitérons la détermination de l’OTRE à participer à l’ensemble de ces travaux, auxquels elle entend apporter sa connaissance du terrain. Leur importance a amené les chefs d’entreprise à demander à l’OTRE une vigilance toute particulière dans ces domaines. Si ces mesures présentent une priorité particulière, il n’en demeure pas moins qu’elles ne se suffisent pas à elles seules. Afin d’éradiquer le mal routier français, il convient d’étudier et de mettre en œuvre la totalité de la plate-forme UPR : - réformer les normes sociales ; - réformer la fiscalité des entreprises et ne pas l’accroître ; - préserver et accroître la sécurité routière ; - refuser que la France reste seule au bord de la route de l’Europe ; - faire en sorte que l’élargissement européen ne soit pas, un big bang pour le transport routier. Monsieur le Ministre Au-delà, d’autres difficultés, parfois insurmontables, handicapent le quotidien des entreprises de transport routier françaises. La non compétitivité de nos entreprises nous fait perdre tous les jours des parts de marché en transport international. le cabotage, tel qu’il est défini aujourd’hui, pour les mêmes raisons, a les mêmes résultats sur le marché national. - La capacité financière : l’OTRE vous a fait des propositions concrètes. Elle doit prendre en compte les plus-values latentes de nos entreprises. - L’honorabilité professionnelle, la responsabilité pénale du chef d’entreprise : il est nécessaire de redéfinir des critères objectifs. - Les enchères inversées, une nouvelle pratique de certains chargeurs, nouvelle arme de destruction massive de nos entreprises et de la sécurité sur nos routes. - L’insécurité croissante que subissent nos salariés sur les aires de repos. - Les règles et les pratiques de contrôles doivent être uniformisées. Nous attendons sur ces questions, à la fois des réformes audacieuses et des signes forts qui permettront à notre pavillon de regagner le terrain perdu tout comme vous venez de le faire pour le pavillon maritime. Nous voulons pouvoir exercer notre métier dans les mêmes conditions que nos concurrents européens. La situation est telle et le retard que nous avons accumulé est si important, qu’il nous est impossible de nous en sortir seuls, et pour cela, l’Etat doit nous accompagner pendant le temps nécessaire à la construction d’une véritable Europe des transports. Il suffit de si peu, d’une véritable volonté politique, de ne pas sacrifier le pavillon routier français, et alors tout sera possible. Nos entreprises pourront rebondir grâce à leur savoir-faire et leurs qualités professionnelles. Elles pourront réintégrer la compétition européenne, récupérer leurs parts de marché, générer des emplois, bref, participer au développement économique de notre pays et créer les richesses dont il a tant besoin. Monsieur le Ministre, Aujourd’hui nous attendons de votre part que vous nous assuriez de votre solidarité et de votre volonté de sauver avec nous nos entreprises et nos emplois. Et là, Monsieur le Ministre, vous verrez que la mobilisation des chefs d’entreprises, pour défendre leur outil de travail est totale. A Toulon et à Bordeaux nous nous sommes levés, seuls, pour montrer notre détermination. Aujourd’hui à Toulouse, Monsieur le Ministre, ce n’est plus seuls que nous nous levons, mais avec vous.
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